126e congrès, Toulouse, 2001 - Terres et hommes du Sud
mercredi 11 avril 2001 - 09:00
Thème 2 : structures politiques et évolution des sociétés
Sous-thème : Religion, politique et sociétés
Chapitre : Passions religieuses et passions politiques
Titre : Mémoires affrontées : protestants et catholiques des montagnes du Languedoc face à la Révolution française
Présidents :
FOURNIER Georges, professeur émérite de l'Université Toulouse II - Le Mirail
BRUNET Michel , professeur d'histoire moderne émérite, Université Toulouse II - Le Mirail
Les montagnes du sud du Massif Central sont terres de frontière religieuse et les guerres de religion s’y écrivent sur la longue durée. Lorsque survient la Révolution, les conflits semblent s’être apaisés, un mode de cohabitation fondé sur la tolérance réciproque s’est lentement imposé après les violences de la guerre des Camisards. Néanmoins, la Révolution ouvre des perspectives nouvelles pour la communauté réformée mise au ban de la société civile, ses élites s’engagent clairement aux côtés des députés révolutionnaires. On aurait tort de penser que le prisme religieux déforme dès ses débuts le débat politique qui s’instaure. Malgré les violences de la " bagarre " de Nîmes, en juin 1790, les paysans des montagnes catholiques attendent de la Révolution une amélioration de leur sort. En 1791, le serment imposé au clergé paroissial déchire les âmes et les consciences, provoque une violente protestation populaire, fournissant aux opposants à la Révolution une masse paysanne sur laquelle ils fondent des espoirs d’insurrection contre-révolutionnaire. Les camps de Jalès, la " bagarre " de Mende, la révolte de Marc-Antoine Charrier en haute Lozère montrent que le Midi est, avant l’Ouest, terre de Contre-Révolution. Mais les insurrections restent sans suite, et le peuple des montagnes s’engage sur la voie d’une résistance farouche, qui lui est propre et dans laquelle viendra s’enraciner une renaissance catholique qui s’épanouit au XIXe siècle.
Face à cette montagne réfractaire se dresse une montagne patriote dont le cœur se trouve dans les Cévennes protestantes. Camisards devenus soldats patriotes ? La réalité est sans doute plus complexe. La Révolution est une nouvelle épreuve et la vieille fracture se réveille et rejoue, s’ouvrant sur une lutte identitaire qui n’exclut aucune violence. Qu’est-il advenu de la tolérance fragilement esquissée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ?
Notre étude repose sur le dépouillement des sources de justice de la période révolutionnaire (Archives départementales et nationales) pour six départements (Aveyron, Lozère, Gard, Hérault, Tarn et Ardèche), ainsi que des séries C et G pour l’Ancien Régime, des sources concernant les guerres de Rohan dans les Cévennes et enfin des sources imprimées depuis les guerres de religion. Ces dépouillements nous ont permis d’élaborer une base de donnée informatique portant sur les révoltes populaires pendant la Révolution qui est le fondement quantitatif d’une étude qui s’inscrit dans l’histoire des mentalités.
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Mme Valérie SOTTOCASA, Professeure d'histoire à l'université Toulouse - Jean-Jaurès