135e congrès, Neuchâtel, 2010 - Paysages

mardi 6 avril 2010 - 14:00


Thème 3 - Paysage identitaire, paysage patrimonial

Sous-thème : 3.1 - Paysage et patrimoine

Chapitre : L'évolution des politiques de protection

Titre : A la recherche des paysages perdus : conflits autour de la restauration des paysages traditionnels dans le parc naturel régional Millevaches en Limousin

Président : BART François, membre élu du conseil du Comité national français de géographie, président de la Commission de géographie des espaces tropicaux

Notre terrain de recherche est celui du parc naturel régional (PNR) implanté sur le plateau de Millevaches, qui a hérité du paysage particulier des landes à callune, grandes étendues non boisées utilisées comme pâturage pour l’élevage ovin traditionnel. Mais ce paysage a en grande partie disparu, suite au boisement du plateau, qui devient massif à partir de 1945. Il s’agira d’étudier les tentatives de restauration de ces paysages, afin de mettre en évidence les enjeux, mais aussi les difficultés, d’une démarche très représentative des politiques agro-environnementales en France. Le paysage traditionnel de landes à callune est aujourd’hui élevé au rang de patrimoine paysager, et des techniques sont mises en œuvres par le PNR, mais aussi par le Conservatoire régional des espaces naturels (CREN) pour le reconstituer. Dans ce but, un certain nombre d’experts issus de ces deux organisations interviennent sur le terrain, et y diffusent ainsi de nouvelles normes paysagères, qui ne sont pas sans incidence sur le monde agricole. Ces normes, au lieu d’être centrées autour de critères de production comme c’était le cas traditionnellement, sont issues de la biologie écosystémique, et intègrent souvent dans la lecture des espèces occupant le territoire une échelle de valeur n’ayant rien à voir avec celle qu’on observe dans le monde paysan. Un décalage se crée alors souvent entre les agriculteurs qui parviennent à intégrer ces nouvelles normes, voire à les porter activement, et ceux qui les refusent. Les hiérarchies régissant les rapports entre les acteurs locaux s’en trouvent ainsi également transformées. Enfin, ces démarches de restauration paysagère créent souvent un malaise chez ceux qui y participent. En effet, les primes qu’ils reçoivent ne sont plus liées à leur production, mais davantage à une création symbolique : la création ou l’entretien d’un paysage jugé important parce que « patrimonial ». En modifiant les rapports entre les acteurs locaux et leurs systèmes de valeur, les politiques de restauration du paysage modifient finalement le territoire bien plus en profondeur que prévu. Vers quel nouvel agencement du monde agricole ?

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M. Namik BOVET, Doctorant en sociologie à l'université de Limoges