127e congrès, Nancy, 2002 - Le travail et les hommes


Thème 5: Travail et paysages

Sous-thème : Le façonnement du paysage rural par le travail

Chapitre : Session « Transmission des savoirs par cartographie »

Titre : Les hortillonnages d’Amiens : un site unique aménagé par une communauté de maraîchers au fil des siècles

Protégé au titre du patrimoine mondial, le site des hortillonnages a été façonné par divers utilisateurs durant les périodes médiévale et moderne. Cette petite partie du cours de la Somme, largement anthropisée, est localisée en amont d’Amiens, de part et d’autre du lit mineur. Se présentant initialement comme une vaste zone marécageuse, elle fut principalement utilisée par les religieux de l’abbaye Saint-Acheul d’Amiens et les religieux du chapitre d’Amiens pour faire pâturer le bétail, chasser le cygne et capturer les poissons, dès le XIVe siècle.
Au début du XVIe siècle, les pratiques maraîchères furent introduites par les hortillons qui laissèrent ainsi leur nom au site. Chacun d’eux exploitait une ou plusieurs parcelles appelées "aires" et tenues des moines en location. Elles étaient desservies par un vaste réseau de petits canaux nommés "rieux". De ce fait, tous les trajets et transports étaient assurés au moyen de bateaux à fond plat.
Les hortillons, regroupés en communauté comme les divers corps de métiers, habitaient naturellement au bord des canaux, à l’extérieur et à l’intérieur de la ville. Ils pouvaient de ce fait stocker, devant leurs maisons, les boues et les fumiers destinés à la fertilisation des "aires". Associées aux terres limoneuses naturellement fertiles, ces matières organiques et minérales contribuaient à l’obtention de bonnes récoltes de légumes dont les choux, les carottes ou les navets. Une fois récoltés, ils étaient acheminés par bateaux jusqu’au cœur de la ville, au niveau du port et du quartier du Don, en contrebas de la cathédrale, pour y être vendus.
Cette situation perdura jusqu’au début du XXe siècle, avant de subir les modifications de la mécanisation et de la concurrence. Depuis quelques décennies, le site des hortillonnages, toujours exploité pour les cultures maraîchères, est de plus en plus utilisé pour le jardinage, les loisirs et la détente, ce qui entraîne de nouvelles modifications du paysage.

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M. Christophe CLOQUIER, Conservateur de la bibliothèque centrale du Service de santé des armées, Chercheur associé au Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (LAMOP, UMR 8589, université Paris I - Panthéon-Sorbonne / CNRS)

Membre des sociétés savantes :
Centre d'archéologie et d'histoire médiévales des établissements religieux, Membre
Rencontre des historiens du Limousin, Membre
Société de l'École des chartes, Membre