142e congrès, Pau, 2017
Circulations montagnardes, circulations européennes

I. Circulations montagnardes d'hommes et de biens

Sous-thème : I.1. La conquête de la montagne : des premières occupations humaines à l'anthropisation du milieu

Titre : La montagne et le littoral : un nomadisme provençal ? L’apport de la séquence paléolithique supérieur des prés de Laure (Var, France)

Le 25/04/2017 - 13:30

La question de l’occupation des milieux de montagne au Paléolithique se pense classiquement sous le signe d’une complémentarité et d’une asymétrie plus ou moins prononcée. Ainsi, pour le Paléolithique supérieur de l’arc liguro-provençal, le modèle supposé d’implantation humaine privilégie des incursions brèves dans le domaine préalpin associées à des occupations plus pérennes sur le littoral. Ce modèle repose sur un certain nombre de postulats en même temps que sur un riche corpus de données technoéconomiques. Ces dernières documentent des approvisionnements en silex largement orientés selon un axe est-ouest (donc circum littoral par opposition à un axe nord-sud reliant le littoral aux premiers reliefs alpins). Mais ces informations proviennent essentiellement de sites littoraux, ne fournissant donc qu’une image en négatif des occupations en montagne. Les recherches menées actuellement en contexte préalpin dans le nord du Var nous conduisent aujourd’hui à nuancer ce modèle. Depuis 2009, nos prospections géologiques se sont concentrées sur l’arc de Castellane, entité pourvoyeuse en silex au sein de laquelle aucun indice tangible d’une occupation humaine n’avait pourtant pu être identifié jusque-là. En 2012, elles nous ont permis de découvrir le site des prés de Laure dans la moyenne vallée du Jabron (Var, France). Les fouilles menées depuis 2013 révèlent une séquence archéologique pluristratifiée appartenant à la période qui suit le dernier maximum glaciaire et livrant du matériel (lithique et faune notamment) remarquablement préservé dans des alluvions fins. Les premières données indiquent des installations répétées et relativement pérennes. Si l’industrie lithique révèle, sans véritable surprise, une forte proximité avec les séries plus orientales, les matières premières lithiques quant à elles signalent des circulations internes au sein de cet espace préalpin et un tropisme occidental. Ainsi, ces recherches menées dans un espace encore inexploré du territoire sud-est de la France conduisent à réinterroger les modèles de mobilité du Paléolithique et la place des espaces montagnards au sein des territoires, y compris pendant les périodes les plus froides.
Co-auteurs : Guillaume Porraz (CNRS, ArScAn), Patrick Simon (Musée d'Anthropologie préhistorique de Monaco) et Louise Purdue (CNRS, CEPAM)


M. Antonin TOMASSO, post-doctorant en archéologie préhistorique de l'université de Liège, Belgique, membre de Traceolab