142e congrès, Pau, 2017
Circulations montagnardes, circulations européennes

IV. Des montagnes explorées, étudiées et représentées

Sous-thème : IV.1. Montagnes et montagnards comme objets d’explorations et d’études

Chapitre : Session « Transmission des savoirs par cartographie »

Titre : Pensée ésotérique et montagne à la Renaissance : François de Foix-Candale (1512-1594), Pierre-Victor Palma-Cayet (1525-1610) et le pic du Midi d’Ossau

L’histoire a retenu que l’ascension du pic d’Ossau a été tentée sinon réalisée par deux personnalités au cours du XVIe siècle, le futur évêque François de Foix-Candale en 1552 puis le pasteur Pierre Palma-Cayet en 1591. Les récits de leur ascension ont été retenus par l’érudition locale comme des témoignages de deux précurseurs du pyrénéisme, sur un mode essentiellement anecdotique. L’objet de la communication est de mettre en perspective ces deux entreprises avec les personnalités singulières de leurs auteurs. En effet, François de Foix-Candale est surtout connu pour son goût pour le néo-platonisme et l’hermétisme, en tant que traducteur et commentateur du Pimandre attribué à Hermès Trismégiste. Ce fervent partisan de la philosophie naturelle, alchimiste convaincu était apparenté à la famille d’Albret fréquentant la cour des rois de Navarre, même s’il devint en 1570 évêque d’Aire sur Adour. Adepte d’un syncrétisme typique de la Renaissance, il professait un catholicisme tolérant dans une région et une famille partagée par la rupture confessionnelle. Son ascension du pic du Midi d’Ossau, dont il était très fier, doit être interprétée dans ce cadre théologique et philosophique. Pierre-Victor Palma-Cayet était marqué par la même culture, et s’il s’est converti au protestantisme, c’est avant tout par admiration pour les figures intellectuelles telles Ramus. Pasteur attaché à Catherine de Bourbon, il finit par abjurer à Paris en 1595 sous l’influence de Du Perron. Palma-Cayet fut non seulement l’historiographe du roi mais aussi l’auteur d’ouvrages de controverse défendant le point de vue catholique. En 1598, il publie l’Histoire prodigieuse et lamentable du Docteur Fauste, dont il est le premier traducteur en France. Il y gagnera surtout la réputation sulfureuse d’avoir lui-même fait un pacte avec le Diable et de pratiquer nécromancie, occultisme et magie noire... Ce sont donc deux personnalités religieuses hétérodoxes, à la recherche d’une vérité philosophique cachée, qui ont tenté l’ascension du pic du Midi d’Ossau et les narrations qu’ils en ont faites portent la trace de cette quête initiatique. Pourtant, cette double ascension ne fit pas de l’Ossau une montagne sacrée. La génération suivante fit la promotion d’une montagne nettement plus accessible en faisant la promotion du sanctuaire de Betharram. Les visées universalistes de l’Église catholique ne pouvaient s’accommoder d’une montagne réputée inaccessible au commun des mortels : il fallait que la foule des fidèles puisse avoir accès à une sacralité qui s’exprimait aux marges de l’œkoumène, contre ces montagnes où Dieu avait choisi de manifester sa toute-puissance par des miracles, à quelques lieues de l’un des épicentres du protestantisme béarnais.


M. Thierry ISSARTEL, professeur agrégé et docteur en histoire moderne, professeur de chaire supérieure, khâgne du lycée Louis-Barthou, Pau, chargé de cours et chercheur associé au laboratoire ITEM (Identités, territoires, expressions, mobilités), EA 3002, université de Pau et des pays de l'Adour

Membre de la société savante :
Société des sciences, lettres et arts de Pau et du Béarn, Membre