142e congrès, Pau, 2017
Circulations montagnardes, circulations européennes

II. La montagne entre centre et périphérie

Sous-thème : II.1. Montagnes et frontières : protéger et défendre

Titre : Des troupes alpines aux troupes de montagne (1888-2012). Histoire d'un processus de légitimation professionnelle et d'affirmation d’une identité militaro-territoriale

La perception militaire de la montagne au niveau tactique est une réalité aussi ancienne que la guerre elle-même. Pourtant, la guerre en montagne est une des formes de guerre les plus tardives. Du fait des représentations et de l’extrême difficulté de ce milieu spécifique, il faut attendre les Temps modernes pour que la montagne devienne un théâtre d’engagement et de confrontations, un théâtre de guerre pour les armées (et plus seulement un lieu de passage et un espace de circulation). À la fin du XIXe siècle, en France comme en Europe, la création de troupes alpines accompagne le mouvement de l’Histoire vers la guerre totale qui ne devait, au XXe siècle, plus connaître de limites, ni techniques, ni morales, ni climatiques, ni géographiques. Territorialement très marquées, les Alpins ont pour mission originelle et spécifique de défendre la frontière alpine. En 1962, après deux guerres mondiales et deux guerres de décolonisation, la France entre dans une nouvelle ère (nucléarisation de son armée, réduction de ses effectifs et bientôt, professionnalisation). Pendant une bonne partie de la guerre froide, les troupes alpines ne sont plus que des « troupes du territoire ». Elles se marginalisent et peinent à trouver leur place aussi bien dans le nouveau dispositif de sécurité et de défense nationale qu’au sein des territoires alpins en pleine mutation. Au XXIe siècle, les troupes alpines devenues troupes « de montagne », occupent désormais une nouvelle place dans les territoires de montagne et jouent un rôle nouveau auprès des sociétés alpines. Au fil de la « réforme perpétuelle » de la Défense française, la montagne pour les Alpins ne constitue plus un territoire frontalier à défendre mais le creuset d’une capacité opérationnelle à légitimer et à valoriser en différents lieux et dans différentes circonstances auprès de la société civile et militaire.


M. Florent MÉZIN, docteur en histoire contemporaine à l'université de Grenoble, chercheur associé au LARHRA (Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes), enseignant d'histoire, de géographie et d'enseignement moral et civique dans le secondaire