142e congrès, Pau, 2017
Circulations montagnardes, circulations européennes

III. Des passages : contraintes et dynamiques

Sous-thème : III.3. Parler, nommer, cartographier

Titre : « Dis Aup i Pirenèu ». Les dialectes de montagne dans l’espace occitan. Entre singularité et perméabilité

Le 25/04/2017 - 09:30

S’il est vrai que le pays d’Oc se déploie, selon l’heureuse formule de Frédéric Mistral, dis Aup i Pirenèu, les parlers en usage dans les hautes vallées n’ont pas toujours joui d’un prestige comparable à celui qui s’attache à d’autres dialectes de langue d’Oc, comme le provençal rhodanien, le languedocien central ou encore, le béarnais classique. Dotés de caractéristiques propres – telles que l’article dit « pyrénéen », eth, era – qui tranchent, parfois violemment, avec les solutions communément admises, les dialectes montagnards, souvent tenus pour plus rustiques – esquèrs – que ceux de la plaine, donnent, en outre, l’impression d’être morcelés à l’infini, ce qui, là plus qu’ailleurs, semble vérifier le vieil adage gascon, selon lequel a cada auseron sa cançon, a cada vilatge son lengatge (« à chaque oisillon sa chanson ; à chaque village, son langage »). Les bergers béarnais – los d’eths Auts, pour leur donner le nom dont on les affublait dans les Landes – menant leurs troupeaux jusque dans les plaines du Bordelais, dans le cadre de la transhumance hivernale (er eishivernatge), les paysans gavots venus moissonner ou vendanger en basse Provence, Truquétta, le héros de l’abbé Fabre (1756), transplanté dins lou païs bas, retrouvant, sous le coup de l’émotion, le parler gavach de son enfance, lors d’une altercation avec sa femme, suscitent tous la même réaction mi-amusée, mi- condescendante (cossí me parles aquí ?!), le même sentiment d’étrangeté, d’altérité. Pourtant, contrairement a ce que l’on peut observer, par exemple, dans le Caucase, aucune vallée alpine ou pyrénéenne ne constitue, à proprement parler, un isolat linguistique. Des liens, parfois subtils, rattachent chacun de ces dialectes montagnards au parler des plaines adjacentes, pour ne rien dire des traits consubstantiels qui les relient, depuis toujours, de l’autre côté des cols, aux langues voisines, piémontais, catalan, aragonais, euskara, ni de l’étroite parenté qui unit, sur tout le pourtour occidental de l’arc alpin, les différents parlers romans, occitans, franco-provençaux, ladins, romanches, entre eux. À la lumière des matériaux rassemblés depuis maintenant plus de 200 ans et notamment, du contenu des différents atlas linguistiques disponibles (ALF-Atlas de la langue française, ALG- Atlas linguistique et ethnographique de la Gascogne, Atlas de Catalunya, Atlas linguistique de la Provence, etc.), il est intéressant de revenir sur l’identité des dialectes de langue d’Oc parlés en montagne – en país naut – et de réévaluer à la hausse la place qui leur revient dans l’espace roman.


M. Bernat ARROUS, professeur de langue d'Oc dans le secondaire, formateur en occitan à l'ESPE (École supérieure du professorat et de l'éducation), membre de l'Institut d'estudis aranesi-Acadèmia aranesa dera lengua occitana

Membre de la société savante :
Académie Julien Sacaze - Association pyrénéenne, Membre