La composition est rarement une création continue. Selon les espaces et le temps, on identifie des périodes pendant lesquelles « la fabrique urbaine » s’intensifie, s’enrichit et se diversifie. Ces temps forts marquent durablement les tissus urbains qui exposent et associent ces moments créateurs et innovateurs.
Ces moments vifs s’articulent à des événements politiques, techniques, économiques mais aussi naturels (séismes par exemple). Constructions, reconstructions métamorphosent alors les espaces urbains. Leur succèdent des phases de régime « normal » où les sociétés urbaines assimilent, habitent, s’approprient les innovations antérieures.
Des fondations antiques aux créations contemporaines les villes s’inscrivent du Proche-Orient à l’Europe occidentale sur plusieurs millénaires, ce qui est aussi le cas dans le monde indien et dans le monde chinois. L’art de bâtir les villes s’est constitué de strates successives et d’apports croisant savoir-faire et techniques, arts et doctrines jusqu’à constituer un corpus d’ « urbanisme » aux multiples facettes dans lequel ont puisé tant les architectes-urbanistes que les édiles.
Si l’on s’en tient au monde occidental, la mise en place d’une maille urbaine s’échelonne du point de vue doctrinal sur le temps long. La ville antique hellénique et hellénistique (hippodamienne) constitue un point de référence fondamental du classicisme, conforté et enrichi par Rome avec une diffusion des savoirs (Vitruve) et des pratiques au fil de l’expansion impériale. Les périodes médiévales comportent aussi bien des évolutions des villes préexistantes, entre rétractions et extensions, au fil d’événements et de variations économiques, que des créations de villes neuves adaptées pragmatiquement aux contextes locaux selon des modèles souvent d’une grande clarté de composition. Des bastides méridionales françaises aux villes neuves de la Reconquête de la péninsule Ibérique ou à celles accompagnant l’expansion germanique en Poméranie, les réalisations sont fort nombreuses où le souci de la composition est très présent.
La redécouverte de la composition urbaine classique par les architectes italiens de la Renaissance fut une source féconde de résurgence et de diffusion, en Europe et dans les terres coloniales de trois continents, d’un néo-classicisme urbain touchant tant les réseaux viaires que les équilibres bâti – non bâti, la place des monuments et bâtiments publics dans la cité, ou bien sûr, les architectures. La composition palladienne, référence fondamentale du xvie au xxe siècle, intégrait cependant des principes de mise en valeur des espaces et d’affirmation de la puissance publique par une mise en scène savante qui allait au-delà des réalisations antiques.
Sans doute la pérennité de l’ « art classique » de bâtir les villes et les processus concrets de diffusion du classicisme présentent-ils des variations entre les continents, à l’intérieur de ceux-ci, entre les États et entre les « régions ». De cette diversité où se croisent les échelles et les temporalités peuvent se dégager bien des analyses comparatives. Les moments forts (créations de nouvelles villes militaires et politiques, reconstructions à la suite de séismes, d’incendies et autres ravages) rythment l’histoire de la composition urbaine tandis qu’un corpus réglementaire apparaît à l’échelle locale voire nationale.
L’insertion de nouvelles techniques de construction, l’intégration des modes de transport mécanisés et de l’usine dans la ville produisent au xixe siècle des ruptures en regard d’une réflexion insuffisamment évolutive sur le devenir global de la cité. Si les utopies urbaines restent davantage théoriques que suivies de réalisations concrètes, l’irruption de nouveaux enjeux dans la ville, liés aux modes de transport, à la distribution de l’énergie, etc., se concrétise, via une représentation organiciste de la cité, par des pratiques d’un « urbanisme de réseau », régulateur et circulatoire, où l’ingénieur devance l’architecte et apparaît comme un acteur essentiel du façonnement urbain. De l’hygiénisme au rationalisme, la composition urbaine met désormais au premier plan le fonctionnement urbain, voire le « bonheur des habitants » plus que l’esthétique.
À travers les réalisations d’architectes précurseurs « prémodernistes », la mise en œuvre des nouveaux matériaux précéda l’émergence de nouvelles doctrines dont les temps forts et les lieux représentent des foyers fondamentaux au début du xxe siècle, des deux côtés de l’Atlantique. Les déplacements des centres de gravité du modernisme de l’Europe des années 1920 à l’Amérique du Nord, les allers-retours des théoriciens et des praticiens entre Ancien et Nouveau Monde(s) avant et surtout après la Seconde Guerre mondiale témoignent d’une « mondialisation » chez les concepteurs et les praticiens de l’urbanisme moderne qui a perduré jusqu’à nos jours. Un fil conducteur lie le naturalisme de la cité-jardin du début du xxe siècle au rationalisme moderniste de la « ville nouvelle » du troisième quart de celui-ci. Changeant d’échelle, à la faveur du constructivisme de cette période, quelques architectes-urbanistes parviennent à concevoir des projets d’échelle métropolitaine pour de nouvelles capitales, tandis que la majorité, loin de ces projets-phares, se contentent d’élaborer de nouveaux quartiers englobant le zonage de l’habitat, de l’économie, des loisirs, de la circulation.
Battu en brèche cependant par les tenants d’un néo-classicisme et sans doute victime d’un relativisme culturel qui conduit à une acceptation éclectique de tout le cortège de compositions urbaines du passé, le modernisme a cédé le pas à un post-modernisme aux formules aussi diversifiées que synthétiques où la prouesse technicienne domine souvent sur la recherche de grands équilibres entre une vision esthétique et une vision techniciste où la fonctionnalité prédomine.
Ainsi, par delà les périodisations générales, la composition urbaine s’inscrit par ses doctrines, ses courants et ses concrétisations aussi bien dans le temps long que dans le temps court, avec des tendances de fond, des émergences, des survivances et des résurgences de formes ; elle est également le reflet d’événements où des décisions urbaines majeures succèdent à des faits dramatiques -sinistres naturels et désastres de la guerre- ou à des faits positifs -célébrations, expositions universelles...- qui se manifestent dans des œuvres magistrales.
Ces moments vifs s’articulent à des événements politiques, techniques, économiques mais aussi naturels (séismes par exemple). Constructions, reconstructions métamorphosent alors les espaces urbains. Leur succèdent des phases de régime « normal » où les sociétés urbaines assimilent, habitent, s’approprient les innovations antérieures.
Des fondations antiques aux créations contemporaines les villes s’inscrivent du Proche-Orient à l’Europe occidentale sur plusieurs millénaires, ce qui est aussi le cas dans le monde indien et dans le monde chinois. L’art de bâtir les villes s’est constitué de strates successives et d’apports croisant savoir-faire et techniques, arts et doctrines jusqu’à constituer un corpus d’ « urbanisme » aux multiples facettes dans lequel ont puisé tant les architectes-urbanistes que les édiles.
Si l’on s’en tient au monde occidental, la mise en place d’une maille urbaine s’échelonne du point de vue doctrinal sur le temps long. La ville antique hellénique et hellénistique (hippodamienne) constitue un point de référence fondamental du classicisme, conforté et enrichi par Rome avec une diffusion des savoirs (Vitruve) et des pratiques au fil de l’expansion impériale. Les périodes médiévales comportent aussi bien des évolutions des villes préexistantes, entre rétractions et extensions, au fil d’événements et de variations économiques, que des créations de villes neuves adaptées pragmatiquement aux contextes locaux selon des modèles souvent d’une grande clarté de composition. Des bastides méridionales françaises aux villes neuves de la Reconquête de la péninsule Ibérique ou à celles accompagnant l’expansion germanique en Poméranie, les réalisations sont fort nombreuses où le souci de la composition est très présent.
La redécouverte de la composition urbaine classique par les architectes italiens de la Renaissance fut une source féconde de résurgence et de diffusion, en Europe et dans les terres coloniales de trois continents, d’un néo-classicisme urbain touchant tant les réseaux viaires que les équilibres bâti – non bâti, la place des monuments et bâtiments publics dans la cité, ou bien sûr, les architectures. La composition palladienne, référence fondamentale du xvie au xxe siècle, intégrait cependant des principes de mise en valeur des espaces et d’affirmation de la puissance publique par une mise en scène savante qui allait au-delà des réalisations antiques.
Sans doute la pérennité de l’ « art classique » de bâtir les villes et les processus concrets de diffusion du classicisme présentent-ils des variations entre les continents, à l’intérieur de ceux-ci, entre les États et entre les « régions ». De cette diversité où se croisent les échelles et les temporalités peuvent se dégager bien des analyses comparatives. Les moments forts (créations de nouvelles villes militaires et politiques, reconstructions à la suite de séismes, d’incendies et autres ravages) rythment l’histoire de la composition urbaine tandis qu’un corpus réglementaire apparaît à l’échelle locale voire nationale.
L’insertion de nouvelles techniques de construction, l’intégration des modes de transport mécanisés et de l’usine dans la ville produisent au xixe siècle des ruptures en regard d’une réflexion insuffisamment évolutive sur le devenir global de la cité. Si les utopies urbaines restent davantage théoriques que suivies de réalisations concrètes, l’irruption de nouveaux enjeux dans la ville, liés aux modes de transport, à la distribution de l’énergie, etc., se concrétise, via une représentation organiciste de la cité, par des pratiques d’un « urbanisme de réseau », régulateur et circulatoire, où l’ingénieur devance l’architecte et apparaît comme un acteur essentiel du façonnement urbain. De l’hygiénisme au rationalisme, la composition urbaine met désormais au premier plan le fonctionnement urbain, voire le « bonheur des habitants » plus que l’esthétique.
À travers les réalisations d’architectes précurseurs « prémodernistes », la mise en œuvre des nouveaux matériaux précéda l’émergence de nouvelles doctrines dont les temps forts et les lieux représentent des foyers fondamentaux au début du xxe siècle, des deux côtés de l’Atlantique. Les déplacements des centres de gravité du modernisme de l’Europe des années 1920 à l’Amérique du Nord, les allers-retours des théoriciens et des praticiens entre Ancien et Nouveau Monde(s) avant et surtout après la Seconde Guerre mondiale témoignent d’une « mondialisation » chez les concepteurs et les praticiens de l’urbanisme moderne qui a perduré jusqu’à nos jours. Un fil conducteur lie le naturalisme de la cité-jardin du début du xxe siècle au rationalisme moderniste de la « ville nouvelle » du troisième quart de celui-ci. Changeant d’échelle, à la faveur du constructivisme de cette période, quelques architectes-urbanistes parviennent à concevoir des projets d’échelle métropolitaine pour de nouvelles capitales, tandis que la majorité, loin de ces projets-phares, se contentent d’élaborer de nouveaux quartiers englobant le zonage de l’habitat, de l’économie, des loisirs, de la circulation.
Battu en brèche cependant par les tenants d’un néo-classicisme et sans doute victime d’un relativisme culturel qui conduit à une acceptation éclectique de tout le cortège de compositions urbaines du passé, le modernisme a cédé le pas à un post-modernisme aux formules aussi diversifiées que synthétiques où la prouesse technicienne domine souvent sur la recherche de grands équilibres entre une vision esthétique et une vision techniciste où la fonctionnalité prédomine.
Ainsi, par delà les périodisations générales, la composition urbaine s’inscrit par ses doctrines, ses courants et ses concrétisations aussi bien dans le temps long que dans le temps court, avec des tendances de fond, des émergences, des survivances et des résurgences de formes ; elle est également le reflet d’événements où des décisions urbaines majeures succèdent à des faits dramatiques -sinistres naturels et désastres de la guerre- ou à des faits positifs -célébrations, expositions universelles...- qui se manifestent dans des œuvres magistrales.
Séances
- Séance du 24/04/2012 - 09:00
Président : M. Bruno DELMAS, Professeur à l’École nationale des chartes
- Séance du 24/04/2012 - 14:00
Présidents :
Mme Germaine AUJAC, Professeur émérite
M. Michel LAURENCIN, Agrégé d'histoire et docteur en histoire
- Séance du 24/04/2012 - 14:00
Présidents :
M. Patrick DEMOUY, Professeur d'histoire du Moyen Âge à l'université de Reims, professeur associé à l'Institut catholique de Paris
M. Denis MENJOT, Professeur d'histoire médiévale à l'université Lyon II
- Séance du 25/04/2012 - 09:00
Présidents :
M. Patrick CORBET, Professeur d'histoire médiévale à l'université Nancy II
M. Christian GUILLERÉ, Professeur d'histoire du Moyen Âge à l'université de Savoie
- Séance du 25/04/2012 - 09:00
Présidents :
M. Bernard GAINOT, Maître de conférences à l'Institut d’histoire de la Révolution française, université Paris I
M. Jean-Luc CHAPPEY, Maître de conférences habilité à diriger les recherches en histoire moderne à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne, EA 127, Institut d’histoire de la Révolution française
- Séance du 26/04/2012 - 09:00
Présidents :
M. Jean-Louis TISSIER, Professeur de géographie humaine à l'université Paris I - Panthéon Sorbonne
Mme Florence BOURILLON, Professeur d’histoire contemporaine à l'UPEC (université Paris-Est - Cultures et sociétés), co-responsable du CRHEC (Centre de recherche en histoire européenne comparée), secrétaire de rédaction de la revue Histoire urbaine
- Séance du 26/04/2012 - 14:00
Présidents :
M. Bernard BARBICHE, Professeur honoraire à l’École nationale des chartes
Mme Nadine VIVIER, Professeur d'histoire contemporaine à l'université du Maine, membre du CRHEC (Centre de recherche en histoire europénne comparée)
- Séance du 26/04/2012 - 09:00
Présidents :
M. Vincent DENIS, Maître de conférences en histoire moderne à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, membre de l'EA 127, Centre de recherches en Histoire moderne
M. Emmanuel FUREIX, Maître de conférences en histoire européenne à l’université Paris-Est – Créteil, membre du CRHEC (Centre de recherche en histoire européenne comparée), membre de l’Institut universitaire de France et secrétaire de rédaction de la Revue d’histoire du XIXe siècle
- Séance du 26/04/2012 - 13:30
Présidents :
M. Jean-Luc CHAPPEY, Maître de conférences habilité à diriger les recherches en histoire moderne à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne, EA 127, Institut d’histoire de la Révolution française
Mme Clyde PLUMAUZILLE, Doctorante et ATER en histoire moderne à l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, EA 127, Institut d’histoire de la Révolution française
- Séance du 27/04/2012 - 09:00
Présidents :
M. Claude PETITFRÈRE, Professeur émérite d'histoire de l’université de Tours François-Rabelais
Mme Lydiane GUEIT-MONTCHAL, Directrice des Archives départementales d'Indre-et-Loire
- Séance du 27/04/2012 - 09:00
Présidents :
M. Bernard GAINOT, Maître de conférences à l'Institut d’histoire de la Révolution française, université Paris I
M. Patrice BRET, Directeur de recherche au département d'histoire de l'armement (Centre des hautes études de l'armement, Délégation générale pour l'armement, ministère de la Défense), associé au Centre Alexandre Koyré - CRHST