Enquête sur deux stations télégraphiques en Tarentaise : hypothèse autour d’un projet oublié
2015
Robert PORRET

Extrait de : "Langages et communication, espaces, territoires, pouvoirs (édition électronique)"
Sous la direction de Cécile SOUCHON
139e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nîmes, 2014
Alain COUTELLE, Marie-Pierre DAUSSE, Nicolas JACOB Suzanne DÉBARBAT et Émilie KAFTAN, Vincent MARCHAL Monique PELLETIER, Robert PORRET
Paris, Éditions du CTHS
2015
p. 100-113
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Les recherches entreprises depuis plusieurs années par quelques passionnés ont permis de localiser précisément toutes les stations télégraphiques Chappe de la ligne Paris-Milan à travers les Alpes. Ébauchée sous le Directoire mais achevée par Napoléon, cette ligne rallia Lyon vers 1805, franchit les Alpes de Savoie pour atteindre Turin en 1806, Milan en 1809 et même Venise en 1810. Sur le territoire savoyard, elle traversait la Cluse de Chambéry et la Combe de Savoie en suivant un tracé rectiligne. Aux portes de la Maurienne, elle dessinait un coude pour remonter la vallée de l’Arc et atteindre le col du Mont-Cenis.
Dans son récit de voyages publié en 1872 sous le titre Savoie, promenades historiques..., le baron Raverat mentionne les vestiges de deux télégraphes sur les hauteurs dominant la vallée voisine de la Tarentaise. Après avoir examiné plusieurs hypothèses pouvant expliquer cette présence insolite, l’auteur conclut à l’existence d’un tronçon du télégraphe Chappe resté inachevé. L’examen des cartes révèle en effet l’étonnant alignement des deux sites repérés en Tarentaise avec les quelques postes de la ligne de Milan qui précèdent son entrée en Maurienne. L’ensemble forme un axe laissant penser que cette liaison télégraphique aurait pu s’engager en Tarentaise. Aux débouchés de la vallée de l’Arc, la station du Grand-Cucheron constitue en quelque sorte le point de jonction entre la section mauriennaise de la ligne et l’axe virtuel se prolongeant vers les deux sites de Tarentaise. Camille-Gabriel Foray, auteur d’une Monographie historique de la Basse-Maurienne signale la construction de ce poste télégraphique dès 1799, soit plusieurs années avant les travaux de l’Empire. Or nous savons que le Directoire a mis la ligne en chantier précisément cette année-là. Cette concordance de date laisserait donc supposer que le projet initial prévoyait une traversée des Alpes par la Tarentaise. La construction des postes alpins avait-elle été engagée dès l’été 1799 pour profiter de l’absence de neige sur les sommets ? Quoi qu’il en soit, la perte du Piémont et la chute du Directoire stoppèrent les travaux initiaux. Ils ne reprendront qu’en 1805 sous l’impulsion de Napoléon, mais avec un tracé privilégiant cette fois-ci la vallée de la Maurienne.