130e congrès, La Rochelle, 2005
Voyages et voyageurs

Thème 8 - Perception de l’altérité culturelle et religieuse

Sous-thème : Exotisme et altérité

Chapitre : 4.2 - les associations hommes / animaux dans les dépôts de tous ordres

Titre : Victor Jacquemont (1801-1832), naturaliste en Inde, voyageur, ethnologue

Victor Jacquemont était un jeune naturaliste français, botaniste et géologue, envoyé en mission en Inde par « MM. Les professeurs administrateurs du Muséum », pour une longue mission d'étude et de collecte. Arrivé à Calcutta le 6 mai 1829, il mourut, non loin de là, le 7 décembre 1832, sa mission inachevée et après un très long et difficile périple qui le conduisit, entre autres, au Ladakh et aux frontières du Tibet.
Avant de partir pour l'Inde, il avait déjà voyagé à Haïti, aux États-Unis et en Angleterre. Il appartenait, en France, à un milieu cultivé et éclairé, intellectuel, celui des Idéologues : il était ami de Stendhal, son aîné, et de Prosper Mérimée, son contemporain. Avec un retard considérable (le courrier arrivant encore par mer, via le cap de Bonne-Espérance), il suit de l'Inde les événements de France. En juillet 1831, il regrette de voir qu'avec la Monarchie de Juillet (1830), ses amis (dont Victor de Tracy, fils d'Antoine) dans le "Parti du mouvement" (avec Odilon Barrot et La Fayette, un allié par son père), aient été rapidement écartés du pouvoir, dès le mois de mars.
Sa correspondance fut vite connue et remarquée au XIXe siècle (publiée d'abord en 1833, puis complétée en 1867, avec une préface de Prosper Mérimée). Son volumineux journal de voyage fut partiellement édité par Alfred Martineau sous les titres de « État politique et social de l’Inde du Nord en 1830 » (1933) et « État politique et social de l’Inde du Sud en 1832 » (1934). En 1960, J. F. Marshall, universitaire américain, a publié en français « Victor Jacquemont Letters to Achille Chaper. Intimate Sketches ofLife among Stendhal's Coterie, cent lettres écrites de 1822 à 1831.
Présenter Victor Jacquemont, c'est faire connaître non pas tant le naturaliste que 1’observateur des sociétés et des gens qu'il rencontre dans son très long parcours du sous-continent indien. Curieux des hommes, de leurs mœurs et de leurs institutions, il s'entretient avec tous, observe, jauge, critique. Ce sont les colonisateurs britanniques, les Musulmans, les Hindous, les Sikhs, hommes et femmes, qui le reçoivent et avec lesquels il s'entretient en Anglais, en Persan, en Hindoustani, selon les besoins – il commence même à apprendre le sanskrit – et qu'il compare aux Français de ce début du XIXe siècle, lui qui se dit « radicalement parisien » (lettre du 3 septembre 1832 au gouverneur de Pondichéry). Bien de ses observations et formulations charment le lecteur d'aujourd'hui et font écho, chez un indianiste, à sa propre expérience de l'Inde contemporaine. Jacquemont est un observateur irremplaçable de cette Inde d'il y a deux siècles, comparable – et opposable en un certain sens – à l'ouvrage fameux auquel l'abbé J. A. Dubois a donné son nom, « Mœurs, institutions et cérémonies des peuples de l’Inde » (Paris, Imprimerie royale, 1825).


M. Olivier HERRENSCHMIDT, professeur émérite, ethnologue