127e congrès, Nancy, 2002 - Le travail et les hommes


Colloque 9: Formation au travail et enseignement technique

Sous-thème : Perspectives locales, enseignement technique

Chapitre : Session « Transmission des savoirs par cartographie »

Titre : La chimie à Rouen aux XIXe et XXe siècles

Cet exposé repose sur trois années d'études de l'enseignement supérieur à Rouen. Il vise à mettre au jour la complexité d'une mise en place de ces formations qui font intervenir l'État, la municipalité, les sociétés savantes. Cette recherche en cours s'appuie sur l'analyse de dossiers des Archives départementales de la Seine-Maritime et du Calvados, des Archives municipales de Rouen et des Archives nationales ainsi que sur des entretiens semi-directifs.
Au sortir de la Révolution, la ville est obligée d'intégrer dans ses prérogatives celles relatives à l'enseignement. L'Université lui a légué une faculté de théologie et une autre des lettres. Les membres des sociétés savantes locales réclameront inlassablement mais vainement la faculté des sciences que les textes législatifs leur promettaient jusqu'à l'ouverture, en 1855, d'une École préparatoire à l'enseignement supérieur des sciences et des lettres.
Le projet du ministre Fortoul est d'y développer un enseignement pratique. Un accord entre les différents acteurs sur l'intérêt des sciences appliquées permettra cette création par le décret du 31mars 1855. Son premier directeur sera un chimiste, J. Girardin; il la quittera rapidement. Il y revient plus tard, vieillissant mais affichant ses années de recherches auprès de Pasteur à Lille et redonne dans l'école une place d'importance à la chimie.
Simultanément, au sein de la Société industrielle de Rouen, on évoque la possibilité d'une collaboration avec l'École préparatoire pour la formation de chimistes afin de limiter la dépendance avec l'Allemagne pour les matières colorantes. Initiatives publiques et privées se confrontent, les prérogatives respectives font achopper le projet en 1898. Peu importe, la guerre de 1914 donne raison aux membres de la Société industrielle qui, en toute improvisation, se lancent en 1917 dans la création de l'Institut chimique de Rouen, école privée formant des ingénieurs. Dépendant, pour partie, des fonds privés d'une industrie textile en voie de disparition, la situation financière devient catastrophique dès la seconde guerre. Le fils du créateur en confiera la gestion à l'État et, en 1985, elle deviendra le quatrième Institut national des sciences appliquées de France.

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Mme Anne BIDOIS, Maître de conférences en sociologie à l'université de Rouen