142e congrès, Pau, 2017
Circulations montagnardes, circulations européennes

III. Des passages : contraintes et dynamiques

Sous-thème : III.2. Chemins de terre et chemins d’eau

Titre : Le flottage et ses vestiges archéologiques témoins d'une économie florissante sur le cours supérieur de la Garonne et sur l'Adour de l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle

Le 27/04/2017 - 14:00

Cette communication porte sur le flottage (qu'il soit à bûches perdues ou par radeaux) et ses aménagements sur le cours supérieur de la Garonne et sur l'Adour, de l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle. Ces deux fleuves pyrénéens ont été pendant des siècles des axes d'échanges essentiels pour l'acheminement des matières premières provenant des montagnes comme les pierres de constructions, notamment les marbres pour les grandes villae gallo-romaines du bassin aquitain, les matières ligneuses, surtout sous l'Ancien Régime (bois de chauffe, bois d'oeuvre et bois de marine) et les nombreux échanges commerciaux avec l'Espagne, les Pyrénées étant loin d'être une frontière naturelle et culturelle entre le Comminges et le val d'Aran espagnol. L'étude d'un aménagement transversal de 200 m2 sur le cours supérieur de la Garonne constitué d'un assemblage de pieux, palplanches et longerons formant des caissons empierrés dont la fonction et la période étaient à déterminer, a permis d'accumuler des données de terrain et de les croiser avec des données archivistiques pour mettre en évidence une architecture vernaculaire conçue pour mieux résister aux affouillements dus au courant torrentiel de ce fleuve en montagne. Cet aménagement a pu être identifié comme un barrage muni d'un passelit qui rehaussait le niveau d'eau en amont pour faciliter le flottage des radeaux. Les datations dendrochronologiques et C14 datent la structure du XVIIe siècle ce qui correspond à la période d’aménagement de la Garonne sous l’Ancien Régime afin d'acheminer les marbres et les bois pour la Marine dans le vaste projet de construire une flotte militaire nationale. À la suite de ces résultats, il s'est imposé qu'une archéologie et une histoire du flottage devaient être réalisées. Ces recherches sont la première étude archéologique consacrée aux fleuves pyrénéens sous l'angle du flottage qui examine l'impact de la systématisation du flottage sur l'environnement à travers l'aménagement de la rivière pour améliorer et faciliter le flottage à bûches perdues et par radeaux. Des campagnes de prospection seront menées, les données seront croisées avec les données archivistiques accumulées depuis ces deux dernières années sur les deux fleuves. Les prospections et l'inventaire des vestiges d'aménagements fluviaux encore présents sur l'Adour et la Garonne permettront de les caractériser, les identifier, les dater et les comparer afin de comprendre l'importance du flottage et ses variations (moyens de transport et aménagement de la rivière) suivant les hydrosystèmes, la géomorphologie, les besoins pour les constructions et le commerce dans les vallées ainsi que la nature des produits acheminés. Cette étude permettra aussi de mieux appréhender la gestion des forêts, l'identification des essences transportées, les quantités réservées aux différentes utilisations, la localisation des lieux de coupe et leur destination, afin de connaître les voies empruntées, alternant voie terrestre et voie fluviale et les lieux de transbordement grâce aux données archivistiques, cartographiques et dendrométriques.


Mme Anh Linh FRANÇOIS, doctorante en archéologie à l'université Panthéon-Sorbonne, membre du laboratoire ARSCAN, (Archéologie et sciences de l'Antiquité), UMR 7014, CNRS, équipe Archéo-Env