142e congrès, Pau, 2017
Circulations montagnardes, circulations européennes

Atelier 2. Montagne : enracinement, détachement et appropriation

Sous-thème : A.2.b. La terre, l'argent, les métiers :

Titre : Mobilité et ancrage local : les enjeux des confréries à Turin au XVIIIe siècle

Le 25/04/2017 - 14:00

La ville de Turin, capitale du royaume du Piémont, connut dans la première moitié du XVIIIe siècle un important processus de transformation urbaine : l’ouverture de plusieurs chantiers dans la capitale et dans le territoire du Piémont constituait une opportunité d’emploi pour des maîtres et travailleurs du bâtiment et d’investissement pour les entrepreneurs provenant surtout des villages alpins, et notamment de la région des Lacs de Lugano et de Côme et des Alpes nord-occidentales autour de la ville de Biella. L’histoire des chantiers du bâtiment du Piémont a donc été strictement liée à l’histoire des migrations – saisonnières ou de longue durée – de ces travailleurs spécialisés provenant des villages alpins, où il faisaient périodiquement retours et où ils conservaient propriétés immobilières et liens familiaux. Centre de négociation des commandes publiques, Turin était souvent une étape d’un voyage qui aurait amené les travailleurs et les entrepreneurs vers les différents sites piémontais, où l’on travaillait surtout autour des forteresses dégagées pendant les années de la Guerre de Succession d’Espagne. Dans ce contexte, l’activité des confréries était cruciale dans le processus d’installation en ville et dans la gestion de la mobilité des travailleurs et des entrepreneurs. À Turin, on connaît l’existence de deux confréries, toutes deux consacrées à Sainte Anne, celle des maîtres maçons de Lugano et de Milan, et celle des maîtres charpentiers de Graglia et Muzzano (dans les Préalpes Biellesi), qui garantissaient à une population affectée par une forte mobilité, un ancrage local autour duquel définir une série de droits et privilèges et construire l’appartenance locale. Droits et privilèges strictement attachés à la « nation ». C’est l’appartenance à la « nation » qui déterminait les dynamiques – parfois conflictuelles – d’affiliation à la confrérie. La composition de la confrérie se définissait au moment de la célébration de la fête de la sainte patronne, quand, à travers un rituel qui évolua au fil des années, la hiérarchie interne se dessinait, le nouveau conseil était élu, et les massari recueillaient les offrandes destinées à financer les activités de la confrérie. Concrètement, dans le récit des protagonistes, la confrérie coïncidait avec la congrégation de ses membres, et s’identifiait par l’action de se rassembler, de se réunir autour d’un lieu, l’autel, une fois par an. La congrégation définissait les bornes de la communauté – composée de ceux qui participaient à la cérémonie – et sa hiérarchie. La valeur dynamique, fondatrice et créative de la cérémonie n’était pas ignorée des acteurs impliqués, ce qui explique la conflictualité qui éclatait à ces occasions. Après avoir reconstruit les trajectoires de la circulation des travailleurs et des entrepreneurs du bâtiment des villages alpins vers les chantiers piémontais via Turin, cette communication vise à éclaircir la fonction des confréries comme soutien de la mobilité circulaire des migrants vers les chantiers piémontais et vers leur pays d’origine. Dans le même temps, elle vise à montrer le processus complexe et conflictuel de construction de l’appartenance à la « nation » - suisse, milanaise, biellese – et de définition des communautés des immigrés et de leurs hiérarchies internes.


Mme Nicoletta ROLLA, enseignante à l'université de Turin