Le développement de la houille blanche dans les Pyrénées Occidentales
Les premiers temps (1900-1925) - 2009
Jean-Yves PUYO

Extrait de : "Innovation dans la gestion environnementale des territoires de montagne (édition électronique)"
sous la direction de Jean-Paul Bravard ; 131e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 49-60
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Terme inventé dans le dernier quart du XIXe siècle, la « houille blanche » désigne alors le blanc manteau neigeux ou de glace appelé à fondre et à nourrir les torrents, par opposition au combustible minéral et de couleur noire, la houille. Cette comparaison provient du fait que l’eau de fonte est destinée à produire de l’énergie électrique via des turbines hydroélectriques, mécanismes apparus en Europe au milieu du XIXe siècle grâce aux travaux des Français Fourneyron, Jonval, Fontaine et Girard, de l’Anglais Thomson et des Américains Francis et Pelton, entre autres. À partir des années 1880, la production hydroélectrique, destinée en un premier temps à l’industrie puis à l’éclairage, se développe de façon considérable dans les Alpes françaises ; en 1869, la première chute aménagée dans le Dauphiné par Aristide Bergès, le grand précurseur en France de l’hydroélectricité, représente l’équivalent de mille chevaux-vapeur. Or, au tout début du XXe siècle, la puissance de chute des quatre-vingt-quatre installations réparties de l’Ariège au Basses-Pyrénées équivaut à un peu plus de sept mille chevaux-vapeur (HP), soit une moyenne fort modeste de quatre-vingt-trois chevaux par site... Aussi, notre communication s’attachera à présenter les raisons multiples de ce sous-équipement, combinant une faible demande en électricité conséquence d’un tissu industriel local très réduit à différentes causes « techniques » (le problème du transport de l’énergie) et « naturelles », soit une structure physique de la Chaîne pyrénéenne moins favorable à la production hydroélectrique.
Notons qu’au début du XXe siècle, cette question intéresse aussi un grand nombre de corporations bien différentes : lors du premier congrès de la Houille blanche, tenu à Grenoble en 1902, on note la présence d’industriels, de politiques mais aussi de scientifiques et de multiples ingénieurs membres de divers corps de l’État, Mines, Ponts et Chaussées et Eaux et Forêts. Aussi, à l’exemple de nombreux travaux universitaires récents, notre étude s’inscrit dans la redécouverte des Pyrénées en tant que lieu d’interaction et de production de savoirs.