Féminisation du métier de relieur. L'occupation d'un métier artisanal masculin par les femmes de la bourgeoisie
2010
Louise-Mirabelle Biheng-Martinon

Extrait de : "Les Femmes, supports de la tradition ou actrices de l'innovation ? (édition électronique) "
sous la direction de Nicole Lemaitre, introduction par Isabelle Brian et Nicole Lemaitre ; 131e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006

Paris, Éd. du CTHS
2010
p. 107-118
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Après avoir été marginalisées, sinon exclues du métier de relieur, les femmes sont devenues progressivement les porte-drapeaux de la reliure contemporaine. Jusqu’à une époque récente, le métier de relieur était une activité artisanale et artistique réservée aux hommes. La transmission de ce savoir-faire était en général assurée de père en fils, de maître à ouvrier, dans les ateliers traditionnels du centre des grandes villes françaises (Paris, Lyon, etc.) Depuis le début du XXe siècle, et encore plus ces vingt dernières années, les femmes se sont imposées comme de véritables professionnelles, conciliant connaissance des techniques traditionnelles et modernité stylistique (créativité formelle du mouvement Art déco). Pour la nouvelle génération de relieurs (1960-1970), issue des franges de la petite et moyenne bourgeoisie, la reliure n’est plus considérée comme une activité dévalorisante réservée à des élèves en difficulté scolaire ou présentant un handicap physique ou mental léger, comme c’était le cas au XIXe siècle.
C’est aujourd’hui une activité haut de gamme pour des personnes en reconversion professionnelle, mais aussi pour une population féminine faisant partie des différentes fractions de la bourgeoisie. Le métier de relieur, qui était situé au bas de l’échelle des métiers artisanaux d’art, est devenu, grâce aux innovations et aux simplifications, un laboratoire artistique pour les amateurs de livres œuvrant pour la sauvegarde du patrimoine écrit, celui des codex mais aussi des liber.
Avant-gardiste, cette nouvelle génération de professionnels n’hésite pas à se servir des
e-supports (CD, DVD, etc.) pour les besoins de la création artistique ou à mettre en scène le livre et sa reliure à la manière d’une pièce de théâtre lors des expositions, afin d’asseoir ou de conforter sa position sociale.