Les femmes alpinistes au tournant du XXe siècle
2010
Cécile Ottogalli-Mazzacavallo

Extrait de : "Les Femmes, supports de la tradition ou actrices de l'innovation ? (édition électronique) "
sous la direction de Nicole Lemaitre, introduction par Isabelle Brian et Nicole Lemaitre ; 131e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006

Paris, Éd. du CTHS
2010
p. 173-184
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Dès la fin du XIXe siècle, dans un contexte de redressement physique et moral de la patrie, l’alpinisme s’institutionnalise et se développe, sous l’initiative du Club alpin français, principalement auprès d’une fraction bourgeoise et urbaine de la société française. Contre toute attente, compte tenu de la construction virile de cette activité et des normes du genre de cette époque, l’alpinisme se conjugue aussi au féminin. Le but de cet article est d’analyser le rôle et la fonction des femmes alpinistes françaises, non seulement dans le développement de l’activité, mais aussi et surtout dans les mutations du genre avant 1914. L’alpinisme, pratique « conformante » ou pratique innovante en matière de construction de l’identité féminine ? Ainsi, dans le domaine culturel de la pratique alpine, et à partir d’un corpus constitué des publications officielles du Club alpin, mais aussi de la presse féminine et féministe, l’exemple des femmes alpinistes permet d’objectiver les compromis permanents que des femmes doivent réaliser pour s’intégrer dans un domaine qui ne leur est pas explicitement assigné. Avec modération, sens du compromis et individualisme, elles parviennent progressivement à sortir d’un modèle normatif de féminité bourgeoise pour découvrir des nouveaux espaces et de nouvelles difficultés. Elles modifient leur rapport au corps, leur rapport aux autres et leur rapport à soi. Elles revendiquent et conquièrent de nouveaux droits, mais sans jamais remettre en cause les hiérarchies entre les sexes et la spécificité de l’identité féminine. Ainsi, elles participent aux mutations de l’identité féminine vers une définition plus dynamique, plus instruite et plus libre. À ce titre, elles contribuent à la construction de « l’Ève nouvelle », image à la fois de modernité et de tradition.