« La natation est le sport féminin par excellence ». Pratiques aquatiques et traditions sportives dans la première moitié du XXe siècle
2010
Thierry Terret

Extrait de : "Les Femmes, supports de la tradition ou actrices de l'innovation ? (édition électronique) "
sous la direction de Nicole Lemaitre, introduction par Isabelle Brian et Nicole Lemaitre ; 131e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006

Paris, Éd. du CTHS
2010
p. 185-196
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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En France, comme dans les pays de tradition sportive, les premières décennies du sport sont très largement dominées par les hommes. Les femmes en sont alors généralement écartées et font même l’objet de sévères critiques. Pourtant, dans le concert d’opinions négatives qui se développe tout au long de la première moitié du XXe siècle, de rares disciplines font figure d’exceptions. La natation est de celles-là, ainsi qu’en atteste le recours fréquent à la formule d’un « sport féminin par excellence » que les spécialistes lui attribuent alors. Ce constat mérite pourtant d’être nuancé. Le regard globalement positif jeté sur la nageuse n’est en effet pas le même selon la nature de la pratique – quand on compare la natation de vitesse, la natation de fond, le water-polo et la natation synchronisée – ou encore si l’on tient compte du contexte culturel dans lequel elle se développe, comme le confirme une comparaison entre le cas français et quelques pays où la natation féminine connaît un essor particulier (Angleterre, Pays-Bas, États-Unis, Australie). C’est dire que l’analyse du rôle des nageuses dans le maintien ou, au contraire, dans le déplacement des traditions sportives et de genre ne saurait faire l’impasse d’une vision différenciée des activités auxquelles elles s’adonnent et des discours tout aussi hiérarchisés qu’elles suscitent.