La professionnalisation des sociétés savantes au XIXe siècle
l’exemple toulousain (1797-1870) - 2003
Caroline Barrera

Extrait de : "L'homme du Midi. Sociabilités méridionales (édition électronique)"
sous la direction de Christian Desplat ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Michel Combet, Caroline Barrera, Philippe Martel, Pierre Chabert, Jean-Michel Delaplace, Francis Brumont, Pierre-Jacques Olagnier, Dominique Bidot-Germa, Muriel Gény-Mothe, Paul Dietschy, Laurent Macé, Jean-Yves Puyo, Sébastien Ramé, Yves Morales, Jean-Paul Laplagne
Paris, Éditions du CTHS
2003
p. 41-52
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Sociétés de loisir et hauts lieux de la sociabilité érudite, les sociétés savantes du XIXe siècle accueillent et parfois mélangent des amateurs et des professionnels. La présence massive de ces derniers dans les compagnies et la création de plus en plus fréquente de groupements qui leur sont exclusivement réservés, amènent à s'interroger sur la professionnalisation de cette forme particulière de vie associative. La richesse du phénomène toulousain (une vingtaine de sociétés de 1797 à 1870) et l'importance du fonds documentaire dont on dispose pour l'étudier (registres des procès-verbaux, publications, documents administratifs...) autorisent une étude à la fois précise et comparative à l'échelle d'une des plus grandes villes de province au XIXe siècle.
Au-delà des chiffres éloquents de la présence des professionnels dans les sociétés ouvertes qui cultivent leurs disciplines et du nombre de compagnies exclusivement réservées à certains métiers qui seront exposés précisément, il s'agit de comprendre pourquoi les représentants de certaines professions ont massivement investi les sociétés savantes et comment ils en ont fait un outil professionnel. Confronté au manque de structures d'exposition et de confrontation de leurs travaux scientifiques au sein même de leurs institutions ou de leurs corporations, et a fortiori entre représentants d'institutions différentes, ils ont trouvé au sein des sociétés savantes des espaces d'échanges intellectuels et de validation, des structures de coopération et des moyens d'information et de diffusion de la connaissance scientifique en général et de leurs travaux personnels en particulier. En outre, ces sociétés de pensée ne se sont pas limitées à la réflexion scientifique et théorique, elles ont également mené des actions professionnelles concrètes, en matière de formation (création de sociétés de jeunes gens destinées à la formation professionnelle, création d'écoles...), d'expertise, d'organisation, voire de défense des intérêts corporatistes et commerciaux. Dans les sociétés qui ne leur sont pas réservées, les professionnels doivent cohabiter avec les érudits amateurs. Et, si souvent on observe leur domination scientifique dans la plupart des disciplines qui fondent leurs différents métiers, cela se fait sans exclusive. Leur présence importante ne signifie pas non plus la disparition des éléments traditionnels de la sociabilité académique, même si parfois, ils sont atténués.