Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Les Félibres au XIXe siècle
2003
Philippe Martel

Extrait de : "L'homme du Midi. Sociabilités méridionales (édition électronique)"
sous la direction de Christian Desplat ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Michel Combet, Caroline Barrera, Philippe Martel, Pierre Chabert, Jean-Michel Delaplace, Francis Brumont, Pierre-Jacques Olagnier, Dominique Bidot-Germa, Muriel Gény-Mothe, Paul Dietschy, Laurent Macé, Jean-Yves Puyo, Sébastien Ramé, Yves Morales, Jean-Paul Laplagne
Paris, Éditions du CTHS
2003
p. 53-66
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

  Télécharger le document (les articles de plus de 3 ans sont gratuits)

Dans la seconde moitié du XIXe siècle se développe, dans l'espace occitan, une association, le Félibrige, dont l'objectif est la renaissance de la langue et de la littérature d'oc. Mais qui sont au juste les félibres? S'agit-il, comme on le croit souvent, de notables conservateurs liés aux campagnes méridionales? Ou bien d'autre chose?
On peut en savoir plus grâce aux listes de félibres publiées par les annuaires, à parution irrégulière, de l'association (les cartabèu), qui indiquent non seulement l'adresse des adhérents, mais aussi, dans la plupart des cas, leur profession. Ces données peuvent être complétées à l'aide des listes d'adhérents des escolo, les groupes locaux. Dans un certain nombre de cas, celui des écrivains, pour lesquels on peut reconstituer des itinéraires biographiques, il est possible de voir, en outre, de quel milieu social sont issus ces acteurs.
Au total, un certain nombre de faits se dégagent de l'examen des données : les félibres sont majoritairement des urbains, dans une société occitane qui reste majoritairement rurale. Les couches supérieures sont relativement absentes. Mais la représentation des couches les plus populaires, celles pour qui l’occitan est vraiment la langue quotidienne, est tout aussi réduite. Ce qui domine, c'est le monde des classes moyennes : professions libérales, fonctionnaires de tous grades, employés, commerçants. Et ce que révèlent les itinéraires biographiques accessibles, c'est une origine souvent populaire. On peut presque dire que le félibre moyen est né à la campagne, mais bâtit sa vie professionnelle en ville, dans le tertiaire.
Tout cela entraîne un certain nombre de conséquences en ce qui concerne aussi bien les positions idéologiques de ces hommes que leur impact sur la société qui les entoure.