Les espaces publics de Barcelone
aménagement pragmatique ou modèle d’aménagement au service de l’urbanité barcelonaise ? - 2003
Pierre-Jacques Olagnier

Extrait de : "L'homme du Midi. Sociabilités méridionales (édition électronique)"
sous la direction de Christian Desplat ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Michel Combet, Caroline Barrera, Philippe Martel, Pierre Chabert, Jean-Michel Delaplace, Francis Brumont, Pierre-Jacques Olagnier, Dominique Bidot-Germa, Muriel Gény-Mothe, Paul Dietschy, Laurent Macé, Jean-Yves Puyo, Sébastien Ramé, Yves Morales, Jean-Paul Laplagne
Paris, Éditions du CTHS
2003
p. 111-128
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Volumes pleins (habitats, équipements, monuments) et volumes " creux " (rues, places, jardins), principalement articulés autour de la voirie et de ses extensions, rythment les paysages urbains de Barcelone, ville du Sud à bien des égards atypique et ville " à la mode " en matière d’urbanisme.
La pratique de l’urbanisme barcelonais actuel illustre la place et le rôle dévolus à l’aménagement des espaces publics de voirie, au nom d’une culture et d’une identité locales qui " pensent " la ville à partir de ces lieux, plus qu’à partir des espaces d’habitat. Barcelone doit, en grande partie, cette identité au quartier de l’Eixample, édifié au XIXe siècle hors de la vieille ville engoncée dans ses remparts et conçu à partir des théories novatrices et du plan d’urbanisme de l’ingénieur Ildefonso Cerdà.
Ce quartier de l’Eixample, porteur d’une nouvelle idée de la ville, possède une forme générale extrêmement prégnante grâce à la remarquable continuité visuelle et volumétrique de son paysage. Par sa longévité, par son ampleur et par ses conséquences, le plan Cerdà et le quartier de l’Eixample ont marqué la croissance de Barcelone et lui ont conféré sa forme et son identité particulières. Ils semblent ainsi constituer un précédent urbanistique fondamental qui explique la culture et la pratique de l’urbanisme barcelonais, en étant à l’origine de la dialectique entre espace occupé et espace libre, entre îlots d’habitation et voies urbaines qui sont à la fois des " appendices de la maison " et des structures fondamentales du tissu urbain. Depuis, à Barcelone, plus qu’ailleurs sans doute, l’espace public de voirie se veut l’espace de la ville, de son image, celui qui permet sa mise en valeur, et qui reflète sa personnalité. Les espaces publics sont alors censés être le ciment de cette ville du Sud et donner articulation et cohérence au paysage urbain et aux ensembles d’habitats d’époque et de conception différentes.
La confrontation des documents d’urbanisme (cartes, plans, projets, rapports) des années 1980 et 1990 avec ceux des autres moments forts de l’urbanisme barcelonais (XIXe siècle et années 1950 notamment) permet de réfléchir sur la manière avec laquelle Barcelone cherche à régler ses problèmes de fonctionnement, d’image et de requalification de ces espaces habités grâce à l’aménagement de ces espaces publics de voirie, véritables fondements de l’urbanité barcelonaise. Ils soulignent aussi combien les formes urbaines de l’Eixample et les principes du plan Cerdà ont cherché à être réinterprétés ou réintroduits par les politiques actuelles d’aménagement, en rupture avec celles menées durant la période franquiste.