Mascarades et pantalonnades : le carnaval en Béarn, de la violence festive au folklore (Moyen Âge-XIXe siècle)
2003
Dominique Bidot-Germa

Extrait de : "L'homme du Midi. Sociabilités méridionales (édition électronique)"
sous la direction de Christian Desplat ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Michel Combet, Caroline Barrera, Philippe Martel, Pierre Chabert, Jean-Michel Delaplace, Francis Brumont, Pierre-Jacques Olagnier, Dominique Bidot-Germa, Muriel Gény-Mothe, Paul Dietschy, Laurent Macé, Jean-Yves Puyo, Sébastien Ramé, Yves Morales, Jean-Paul Laplagne
Paris, Éditions du CTHS
2003
p. 129-144
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

  Télécharger le document (les articles de plus de 3 ans sont gratuits)

Le carnaval tient dans l’imaginaire collectif une place de choix : il constituait une rupture avec le quotidien et un défoulement nécessaire, il reste pour nous un mode particulièrement intrigant d’expression culturelle. Limiter le cadre historique d’étude et donc l’univers mental et culturel considéré, permet une certaine cohérence. Ceci est d’autant plus nécessaire que la documentation disponible nous donne de la fête carnavalesque une image fortement médiatisée.
Le carnaval en Béarn apparaît à l’histoire au XVIe siècle, lorsque l’État béarnais, relayé par l’Église catholique puis les autorités calvinistes, édicte entre 1520 et 1572 un certain nombre d’ordonnances ; ces dernières représentent certes un filtre éminemment déformant mais elles permettent d’appréhender quelques caractéristiques fondamentales de la fête populaire, son caractère nocturne, l’usage du masque, la beuverie et la goinfrerie...
Les délibérations et divers arrêtés de police des communautés béarnaises font montre d’attitudes contrastées face aux pratiques carnavalesques et à la norme officielle.
En outre, dès l’époque moderne et tout au long du XIXe siècle, de nombreux médiateurs culturels opèrent une vive folklorisation du carnaval. C’est vrai pour les élites religieuses ou culturelles, théologiens réformés ou notables des Lumières, qui dénoncent des pratiques jugées scandaleuses. C’est également le cas de lettrés qui illustrent la complexité des échanges culturels entre peuples et élites : ainsi François Rabelais, dont les liens avec la Gascogne sont réels, ou les érudits locaux, qui analysent et nourrissent en retour les traditions populaires. Dans cette évolution, les folkloristes du XIXe siècle apparaissent comme de puissants entremetteurs culturels à travers leur travail de collectage, parfois publié, souvent resté manuscrit.
Cet ensemble documentaire constitue un fonds devant lequel la critique historique et ethnographique tente de dégager les apports successifs que la fête carnavalesque digéra et ses éléments archaïques et originels, parmi lesquels la figure centrale de l’ours et les diverses parodies que la bête emblématique suscita.