Les chasses traditionnelles : des chasses populaires, patrimoine culturel des départements du Sud-Ouest
2003
Muriel Gény-Mothe

Extrait de : "L'homme du Midi. Sociabilités méridionales (édition électronique)"
sous la direction de Christian Desplat ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Michel Combet, Caroline Barrera, Philippe Martel, Pierre Chabert, Jean-Michel Delaplace, Francis Brumont, Pierre-Jacques Olagnier, Dominique Bidot-Germa, Muriel Gény-Mothe, Paul Dietschy, Laurent Macé, Jean-Yves Puyo, Sébastien Ramé, Yves Morales, Jean-Paul Laplagne
Paris, Éditions du CTHS
2003
p. 145-160
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Dans le Sud de la France, la chasse fait partie de ces héritages culturels qu’il serait sacrilège d’abandonner. Le singulier attachement des chasseurs à des pratiques ancestrales est sans doute l’exemple le plus accompli du poids des traditions. La transmission d’un savoir est la base même d’une culture, fût-elle uniquement régionale. L’impact du mot tradition est incontestable, mais ce terme est parfois usurpé. La tradition est interprétée et manipulée afin de légitimer des pratiques contestées en France comme en Europe. Le concept de chasses traditionnelles est récent, flou, restrictif et arbitraire. Ne devrait-il pas être lié à l’existence d’un réel savoir-faire, constamment toléré, transmis de générations en générations, impliquant une connaissance approfondie des espèces et ne recourant pas aux avancées technologiques modernes ?
Aux pas lents du monde rural a succédé le pas de charge d’un monde urbain dévoreur d’espace et d’oxygène. L’urbanisation galopante et l’évolution rapide du monde agricole ont généré un besoin d’espace vert et de protection de la nature. Dans ce nouveau contexte le chasseur, tantôt ami tantôt ennemi de la nature, a du mal à trouver sa place. D’autre part, les jeunes drainés vers les centres urbains se sentent déracinés ; dès lors, que peut représenter la chasse pour eux ? Un clivage important existe entre les tenants de l’usage traditionnel et les promoteurs de concepts nouveaux, qui se traduit par une résistance à la pénétration de la notion de gestion.
Sous la pression des critiques, la chasse contemporaine ne va-t-elle pas ou ne doit-elle pas s’engager dans un mouvement de révision de ses valeurs traditionnelles ? Dans le Sud, le concept de gestion auquel font référence les responsables cynégétiques et les biologistes est loin d’être imposé. Les " gens du Sud " sont encore aujourd’hui héritiers de cette mentalité forgée au cours des siècles et qui marque leurs habitudes. Dans la chasse populaire l’acte de chasse se veut traditionnellement un geste naturel, libre, peu réglementé. Le gibier n’appartient à personne, il est res nullius. Gérer : c’est une véritable révolution qui est proposée à une mentalité cynégétique latine.
Sources : série 4M, archives départementales du Gers, de Gironde, des Landes, des Pyrénées-Atlantiques, des Hautes-Pyrénées, moniteur universel, jurisprudence et bibliographie cynégétique.