Les écarteurs landais entre mythe et réalité (XIXe-XXe siècles)
2003
Marilys Dauga et Jean-Yves Puyo

Extrait de : "L'homme du Midi. Sociabilités méridionales (édition électronique)"
sous la direction de Christian Desplat ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Michel Combet, Caroline Barrera, Philippe Martel, Pierre Chabert, Jean-Michel Delaplace, Francis Brumont, Pierre-Jacques Olagnier, Dominique Bidot-Germa, Muriel Gény-Mothe, Paul Dietschy, Laurent Macé, Jean-Yves Puyo, Sébastien Ramé, Yves Morales, Jean-Paul Laplagne
Paris, Éditions du CTHS
2003
p. 185-202
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Pratique régionale "hautement culturelle", la course landaise n’a donné lieu jusqu’à présent qu’à peu de recherches universitaires. Or, elle comporte tellement de facettes historiques, ethnologiques ou encore géographiques, qu’elle constitue un champ d’étude des plus riches. Codifié durant la première moitié du XIXe siècle mais présent en Gascogne depuis le Moyen Âge sous une forme plus "débridée", ce jeu taurin consiste pour les pratiquants à esquiver la charge d’une vache qui peut les blesser voire même les tuer. On compte ainsi 26 décès entre 1879 et 1999, auxquels s’ajoute un grand nombre de blessés graves, paralysés, aveuglés ou émasculés par les cornes des vaches. Cette particularité confère à la course landaise un caractère dramatique qui fait de ces hommes des figures héroïques, accomplissant des actes "mythiques". Et plusieurs dizaines d’années après leur retraite ou leur disparition, les grands connaisseurs du jeu landais sont capables de vous citer les exploits des plus célèbres figures ayant marqué leur époque, les Jean Chicoy (écartant un taureau avec sa petite fille dans les bras), Marin Ier, Monaco, Meunier, etc. En fait, on connaît peu chose sur les écarteurs landais. Dans l’imaginaire actuel, les écarteurs des années 1880-1914 sont tous de "pauvres bougres" issus des classes sociales les moins favorisées du monde rural (à l’exemple des métayers de la Chalosse) et qui choisissent cette voie pour échapper à la misère. Or, il n’en est rien, le recensement que nous avons effectué pour cette période montrant que la majorité d’entre eux étaient des artisans, et pour un tiers, originaires des gros bourgs et petites villes. Cette "mythification" des écarteurs perdure encore, même si elle prend de nouvelles formes. Ainsi, nous l’avons retrouvée pour les années 1960-1980 avec l’épisode "fameux" des frères gitans Ramuncho et Ramunchito ; à travers leur comportement dans l’arène mais aussi en dehors de celle-ci (des personnages très "hauts en couleur"), les spectateurs retrouvaient la vision idéalisée qu’ils se faisaient des écarteurs landais : braves jusqu’à l’inconscience et vivants au jour le jour.
Aussi, notre travail participe de la mise en évidence de certaines composantes culturelles encore chères à une part importante de la population de la Gascogne, comprise à l’ouest d’une ligne imaginaire reliant le Bazadais au Nord Béarn, via Auch et Condom.