Spatialité et temporalité de la tauromachie
2003
Sébastien Ramé

Extrait de : "L'homme du Midi. Sociabilités méridionales (édition électronique)"
sous la direction de Christian Desplat ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Michel Combet, Caroline Barrera, Philippe Martel, Pierre Chabert, Jean-Michel Delaplace, Francis Brumont, Pierre-Jacques Olagnier, Dominique Bidot-Germa, Muriel Gény-Mothe, Paul Dietschy, Laurent Macé, Jean-Yves Puyo, Sébastien Ramé, Yves Morales, Jean-Paul Laplagne
Paris, Éditions du CTHS
2003
p. 203-219
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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La communication proposée a pour base un corpus d’une quarantaine d’entretiens approfondis, réalisés à la fin des années 90, auprès des différentes catégories de professionnels français du milieu taurin, tant dans le Sud-Est que dans le Sud-Ouest. Le but est d’apprécier qualitativement les processus de professionnalisation liés à la corrida espagnole. Les intervenants du mundillo ont été approchés dans leur globalité : maestros, novilleros, banderilleros, picadores, ganaderos, mozos de espadas, empresarios, directeurs d’arènes. Les aficionados (amateurs éclairés) ont été sciemment laissés hors du champ d’enquête car la passion débordante constitue trop souvent un filtre néfaste à l’objectivation de la réalité sociale de la tauromachie.
À cette phase de cumul de données sociologiques, par la méthode de l’entretien semi-directif, a succédé un travail ethnographique de suivi d’une partie de la temporada de plusieurs maestros et de leurs cuadrillas. La préparation physique, technique, artistique (toreo de salon et tientas) ainsi que les efforts d’ascèse et de concentration ont été abordés dans ce cadre. Le suivi de l’intégralité des journées de corridas, au plus près des toreros, a permis de mesurer par l’observation directe la complexité des actes professionnels des différents intervenants. Plus que la prestation finale en piste, le sorteo (tirage au sort des taureaux et combinaisons des lots) et l’information rapportée au maestro sur celui-ci, la séance ritualisée d’habillage à l’hôtel, le convoyage jusqu’aux arènes, le paseo avec les instants qui le précèdent et le travail intensif mais discret effectué dans le callejon sont des moments clefs de cette journée.
Au niveau du travail de documentation servant de support à cette communication, trois pistes différentes mais complémentaires ont été exploitées. La littérature classique ou moderne a été sollicitée à travers les écrits de P. Mérimée, J. Cocteau, E. Hemingway, J. Cau, D. Lapierre et L. Collins, J. Peyré, F. Bourdin, M. Sauvage, C. Dedet, B. Ibanez, J. Bergamin, C.J osé Cela, M. Chaves Nogales. L’ethnographie empirique avec les écrits de revisteros ou d’aficionados tels que : F. Coupry, C. Clément, J. Durand, J. Maigne, R. Bérard, A. Dayot, A. Montcouquiol, L. G. Lacroix, Zocato, J. M. Magnan, C. Mollo-Granier, R. Monnier, C. Popelin, C. Pelletier, F. Zumbiehl, P. Hermé, J. P. Darracq, A. Viard, L. Tailhade, R. Dumont, F. Delay, J. Antonio del Moral. Et enfin, les productions scientifiques de B. Bennassar (Histoire de la tauromachie), M. Roumengou (L’Église et la corrida), F. Saumade (Les tauromachies européennes), J. R. Conrad (Le culte du taureau), S.Giraud (Des taureaux et des hommes).
Cette communication permet d’apprécier le caractère localisé de la culture taurine dans le contexte français, les méandres de la découverte de la vocation, les apprentissages premiers, les difficultés d’exercice de la profession, la frustration liée au peu de reconnaissance professionnelle et l’exultation en corrélation avec la pratique.