Le ski pyrénéen vecteur d'identité régionale (1900-1940)
2003
Yves Morales

Extrait de : "L'homme du Midi. Sociabilités méridionales (édition électronique)"
sous la direction de Christian Desplat ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Michel Combet, Caroline Barrera, Philippe Martel, Pierre Chabert, Jean-Michel Delaplace, Francis Brumont, Pierre-Jacques Olagnier, Dominique Bidot-Germa, Muriel Gény-Mothe, Paul Dietschy, Laurent Macé, Jean-Yves Puyo, Sébastien Ramé, Yves Morales, Jean-Paul Laplagne
Paris, Éditions du CTHS
2003
p. 221-235
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Associer les " terres du Sud " à la pratique des sports d’hiver peut tout d’abord surprendre, avant que l’on se souvienne que la chaîne des Pyrénées se dresse au sud de la France, composant une frontière naturelle avec l’Espagne.
Notre projet consiste à observer le processus de diffusion du ski sur ce massif. L’étude s’engage dans une démarche ethnologique, attentive aux façons de pratiquer, aux significations profondes et à la diversité des perceptions rapportées aux groupes sociaux concernés. De ce point de vue, le ski apparaît comme un analyseur efficace de l’évolution des sociétés montagnardes. Les modes de pratique privilégiés, les fonctions et enjeux énoncés, les résistances manifestées ainsi que les justifications variées et leur portée symbolique permettent de mieux saisir cette réalité complexe.
Le questionnement est relativement classique : cette activité provient-elle d’une acculturation stricte de modèles étrangers ? révèle-t-elle la naissance d’une culture autonome avec certaines caractéristiques significatives ? Quelles significations les populations lui accordent-elles ? Notre hypothèse est que sa diffusion est étroitement liée au procès de civilisation. Elle est fortement subordonnée à l’évolution de la société moderne et à son emprise sur les régions les plus reculées. Toutefois, cela n’exclut pas le fait que l’intégration de cette pratique passe par un phénomène de réappropriation qui reflète l’adaptation des modèles d’excellence aux groupes concernés et aux situations locales.
De ce point de vue, le phénomène de sportivisation du ski et le processus de signalisation symbolique qui l’accompagne représentent un axe d’étude particulièrement utile. La démarche intègre dans une même problématique deux perspectives dont l’une met l’accent sur les " ruptures " exprimées dans le renouvellement et/ou la coexistence des modèles culturels tandis que l’autre privilégie la " continuité " de la fonction rituelle et symbolique et celle des expressions identitaires. Cela conduit à observer l’évolution du mouvement sportif de compétition dans le domaine des sports d’hiver pyrénéens, et les réticences qu’il occasionne, mais aussi à considérer la constitution d’un patrimoine de culture physique hivernale au cœur des terres du Sud.