Le molécularisme ou l'orgueil de l'Europe savante

 
Henk Kubbinga

Extrait de : "Réseaux culturels européens (édition électronique)"
sous la direction de Robert Deloince et Gérard Pajonk ; 125e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Lille, 2000

Françoise Waquet, Jean Prouvost, Suzanne Débarbat, Henk Kubbinga, Christine Gaudin-Naslin, Markus Kohl, Marion Muller-Dufeu, Tangi Villerbu, Simone Mazauric, Roger Texier, Simone Dumont, Michelle Garnier-Butel, Marie-Suzanne Binétruy, Jean Flouret, Chantal de Tourtier-Bonazzi, Monique Mestayer, Michel Colardelle, Christian Bromberger, et Isac Chiva, Pierre Albert, Christian Bange, Bemard Rollet, Jean-Loup d'Hondt
Paris, Éditions du CTHS
p. 59-68
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Si l'atomisme s'est développé surtout dans la tradition gréco-latine, il a connu aussi des connotations hindoue, arabe et hébraïque. La théorie moléculaire, elle, se constituait dans la tradition néo-latine, ceci dans un contexte exclusivement européen. L'idée qu'une substance physico-chimique peut être conçue comme un agrégat de particules secondaires composées d'atomes classiques fut proposée au début de la Révolution scientifique du XVIIe siècle, presque simultanément par le Français Sébastien Basson et le Néerlandais Isaac Beeckman. Soutenue par l'autorité de Newton, de Stahl et de Leibniz, elle s'imposa au XVIIIe siècle comme base aussi solide que naturelle de toute théorie de la matière, du moins dans une première approximation des problèmes en cause (Buffon, Lavoisier, Haüy). Depuis Laplace, on parle de molécularisme dans ce sens qu'en principe tout phénomène devrait s'expliquer en termes moléculaires (gravitation universelle, réactions chimiques ; structure cristallines et physiologiques ; chaleur, lumière ; électricité, magnétisme). Au XIXe siècle ce molécularisme servira dans bien des domaines scientifiques, de la physique mathématique la plus abstraite à la philosophie positive en passant par tout l'éventail des sciences de la matière vivante et/ou morte. Pour Max Planck (1900) et Albert Einstein (1905) il sera même le moyen « heuristique » permettant la conception de la physique quantique. Nous nous proposons de présenter les grandes lignes du développement qui a mené des premiers énoncés du concept de « molécule », ceux de Beeckman et de Basson, à l'établissement de la physique quantique.
(*) L'Histoire du concept de « molécule » (jusqu'à c.1925), sous presse.