L'Amérique, une expérience européenne : aventuriers-romanciers du XIXe siècle
Extrait de: Réseaux culturels européens. Des constructions variées au cours du temps (p. 95-114)
Tangi Villerbu

Extrait de : "Réseaux culturels européens (édition électronique)"
sous la direction de Robert Deloince et Gérard Pajonk ; 125e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Lille, 2000

Françoise Waquet, Jean Prouvost, Suzanne Débarbat, Henk Kubbinga, Christine Gaudin-Naslin, Markus Kohl, Marion Muller-Dufeu, Tangi Villerbu, Simone Mazauric, Roger Texier, Simone Dumont, Michelle Garnier-Butel, Marie-Suzanne Binétruy, Jean Flouret, Chantal de Tourtier-Bonazzi, Monique Mestayer, Michel Colardelle, Christian Bromberger, et Isac Chiva, Pierre Albert, Christian Bange, Bemard Rollet, Jean-Loup d'Hondt
Paris, Éditions du CTHS
20 p.
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Le XIXe siècle est le grand siècle de l’émigration européenne vers l’Amérique, du rêve américain. C’est ainsi que dans les années 1840, quatre hommes de trois nationalités différentes participent à ce flux migratoire dans son acceptation la plus extrême, le départ pour l’Ouest américain et — c’est là leur particularité — publient par la suite en Europe une masse de romans populaires tirés de leurs « aventures » : il s’agit des Français Gustave Aimard et Gabriel Ferry, de l’Irlandais Thomas Mayne-Reid et de l’Allemand Friedrich Gerstacker. L’ensemble de ces romans a circulé dans toute l’Europe par l’intermédiaire de traductions nombreuses et immédiates, dessinant une internationale de l’imaginaire « western » à l’échelle européenne. Aimard, Ferry, Mayne-Reid et Gerstacker ont tous quatre partagé une même expérience, qui transparaît dans leurs œuvres : celle d’un Ouest encore peu maîtrisé par les Américains, où la nation américaine ne s’était pas encore déployée totalement. Cet Ouest a pu donc être pensé à la fois comme le lieu d’expression exutoire de la jeunesse européenne et comme l’espace de la liberté, de la fuite, un espace vierge encore des problèmes qui à la même époque déchiraient l’Europe : nationalismes, conflits sociaux... Les romans publiés au retour rendent compte de cette expérience : par une mise en relation de l’Europe et de l’Ouest américain, ils définissent aussi bien l’un que l’autre, dans un jeu de miroirs. Quel discours sur l’Europe l’Ouest américain a-t-il pu servir, constitué comme il l’a bien souvent été en anti-Europe, Eden prénational, monde de la sauvagerie ou de l’harmonie ? Juger de la nature de ce discours implique de souligner que les quatre aventuriers ne se sont fait romanciers qu’à leur retour d’Amérique, et sans doute du fait même de ce retour : c’est bien en Europe, et pour l’Europe, qu’ils « produisent » l’Ouest américain.