Un historien de la musique européen avant la lettre : Pierre-Louis Ginguené (1748-1816)

 
Michelle Garnier-Butel

Extrait de : "Réseaux culturels européens (édition électronique)"
sous la direction de Robert Deloince et Gérard Pajonk ; 125e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Lille, 2000

Françoise Waquet, Jean Prouvost, Suzanne Débarbat, Henk Kubbinga, Christine Gaudin-Naslin, Markus Kohl, Marion Muller-Dufeu, Tangi Villerbu, Simone Mazauric, Roger Texier, Simone Dumont, Michelle Garnier-Butel, Marie-Suzanne Binétruy, Jean Flouret, Chantal de Tourtier-Bonazzi, Monique Mestayer, Michel Colardelle, Christian Bromberger, et Isac Chiva, Pierre Albert, Christian Bange, Bemard Rollet, Jean-Loup d'Hondt
Paris, Éditions du CTHS
p. 161-172
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Idéologue, républicain convaincu et opposant à l’Empire, Ginguené ne fut pas seulement un homme de lettres aux multiples talents, historien de la littérature italienne, poète à la mode, journaliste, directeur de presse et critique littéraire avisé. Il fut aussi l’un des premiers musicologues et favorisa l’émergence du concept d’histoire de la musique qui devait se développer durant la première moitié du XIXe siècle. Dans de nombreux articles sur la musique qu’il publia des Lumières au Romantisme dans l’Encyclopédie méthodique, il incarne l’extrême aboutissement de la réflexion des Lumières et, élargissant les perspectives géographiques, apparaît comme un Européen avant la lettre. Attiré par les musiques nordiques, il fait l’éloge des Bardes en Irlande, traite des chansons écossaises, vante l’excellence des maîtres flamands du XVe siècle et surmonte ses préjugés concernant l’Angleterre. Il consacre la dernière partie de son article sur la France, développé et complexe, aux polémiques ayant opposé, à partir de 1776, les Gluckistes et les Piccinnistes, et à une réflexion sur l’opéra. Ouvert à toutes les cultures musicales, il s’intéresse à la musique espagnole, encore peu connue, à celles des Hongrois et des Russes, ainsi qu’à certaines musiques extra-européennes (comme celle des Chinois). S’il examine les caractères spécifiques de chaque nation, il compare, en fidèle rousseauiste, les qualités musicales des langues européennes et affirme la prééminence de la musique italienne. L’élargissement des perspectives historiques est tout aussi remarquable. Contrairement aux philosophes des Lumières, il traite de la musique médiévale et des instruments (telle la harpe irlandaise). Esprit érudit qui inscrit ses propos dans la diachronie, Ginguené inaugure, à l’aube du Romantisme, une nouvelle époque du discours sur la musique.