Joseph Déchelette, commis voyageur de l'Europe

 
Marie-Suzanne Binétruy

Extrait de : "Réseaux culturels européens (édition électronique)"
sous la direction de Robert Deloince et Gérard Pajonk ; 125e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Lille, 2000

Françoise Waquet, Jean Prouvost, Suzanne Débarbat, Henk Kubbinga, Christine Gaudin-Naslin, Markus Kohl, Marion Muller-Dufeu, Tangi Villerbu, Simone Mazauric, Roger Texier, Simone Dumont, Michelle Garnier-Butel, Marie-Suzanne Binétruy, Jean Flouret, Chantal de Tourtier-Bonazzi, Monique Mestayer, Michel Colardelle, Christian Bromberger, et Isac Chiva, Pierre Albert, Christian Bange, Bemard Rollet, Jean-Loup d'Hondt
Paris, Éditions du CTHS
p. 173-188
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Commis voyageur dans l’entreprise familiale, affilié à deux sociétés savantes relevant du Forez et de l’Autunois, le jeune bachelier prend très tôt conscience des échanges artistiques et commerciaux animant l’Europe romanisée puis évangélisée.
En 1899, comparant les trouvailles du Beuvray et de Stradonice en Bohême, Déchelette, le premier, en déduit l’existence d’un négoce antérieur à l’ère chrétienne. Dès lors, il entend se consacrer à déchiffrer le monde celte qui apparaîtra bientôt comme la première entité européenne. À travers voyages, congrès, échanges de services, correspondance, il coordonne les recherches de quatorze états. Pour pallier les problèmes linguistiques — consécutifs à l’abandon du latin — cultivant son don des langues, il se fait le médiateur des Portugais et des Espagnols, traduit du tchèque et publie le livre de Pic sur Stradonice, rédige une trentaine de comptes rendus de publications étrangères et sera aussi un des promoteurs de l’espéranto. Outre l’hostilité de l’église qui ne veut pas se laisser ravir la primauté de l’unification de l’Europe, les entraves sont nombreuses : antagonismes nationaux, religieux, rivalités archéologiques. Pour secouer « le poids des traditions et des conventions inconscientes », il faudra le charisme de Déchelette. Bien que, pour tous ces chercheurs, le patriotisme national l’emporte sur le patriotisme européen souhaité par A. Comte et Augustin Thierry, l’amitié survivra à la guerre. Dès l’annonce de la mort de Déchelette sur le front, le 6 octobre 1914, et dans les décennies qui suivront, avec le monde entier, ses correspondants allemands rendent hommage les premiers à celui dont ils ont partagé la foi dans le travail d’équipe et dans les enseignements de l’histoire.