Cinq siècles d'intervention humaine dans le brassage des gènes du pin à crochets (Pinus uncinata) des Pyrénées
2005
Michel Bartoli

Extrait de : "Paysages, territoires, aménagements dans le sud de la France (édition électronique)"
sous la direction de Jean-Louis Tissier ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Etienne Auphan, Michel Bartoli, Bernard Gonot, Guy Mainet, Philippe Vallette, Jean-Paul Métailié, Christine Vergnolle Mainar, Emmanuel Garnier, Jean-Yves Puyo, Robert Sourp, Jean-Luc Laffont, René Plessix, Jean-Louis Escudier
Paris, Éditions du CTHS
2005
p. 1-9
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Les forêts subalpines des Pyrénées orientales et centrales ont suivi les flux et les reflux des civilisations. Déboisements puis reboisements, en grande partie artificiels, ont eu et ont encore une influence majeure sur la diversité génétique de l’arbre de cet étage, le pin à crochets.
Les besoins en espaces pastoraux et en bois énergie ont très fortement sollicité les forêts de pin à crochets jusqu’à leur disparition locale (Davasse, 2000). À l’étage montagnard, en soulane, le contact avec le pin sylvestre (P. sylvestris) conduisait à l’existence de populations introgressées. L’éradication du pin sylvestre, pratiquement acquise dès le XVe siècle, a supprimé ce mélange naturel de gènes.
L’énorme effort de reboisement de la fin du XIXe conduit à une organisation du commerce de matériel de reproduction forestière centrée autour de sécheries de graines (Rosenstein, 1993). De 1861 à 1968, les sécheries de La Llagone puis de La Cabanasse (66) ont principalement traité du pin à crochets. Les graines produites étaient utilisées dans toute la France, voire l’Europe. De forts apports de gènes ont pu être effectués dans des populations relictuelles comme au Ventoux. En sens inverse, suite à une difficulté nomenclaturale, on a introduit des pins rampants (Pinus mugho) s’hybridant avec le pin à crochets au milieu des forêts de Cerdagne. De même, le reboisement local en pin sylvestre de Margeride ou d’Alsace a conduit à une relance des phénomènes d’introgression mais avec des gènes non pyrénéens.
En Capcir et Cerdagne, une utilisation des plants issus de récoltes locales y minimise sans doute les risques de réduction de la diversité génétique par apport de gènes extérieurs. Mais les récoltes avaient lieu, chaque année, sur les mêmes sites, voire sur les mêmes arbres. Une réduction de cette diversité par effet de " goulot d’étranglement " est alors très probable.
Aujourd’hui, même si le pin à crochets n’est soumis à aucune exigence légale en matière de contrôle de provenance, une rigoureuse attention est de mise pour faire appel à des plants géographiquement proches et loin de sources génétiques non pyrénéennes dans les réintroductions que l’Office national des forêts réalise pour améliorer les biotopes du Grand Tétras (Tetrao urogallus), consommateur hivernal des aiguilles de cet arbre.
La dimension génétique est primordiale pour juger de la diversité biologique des habitats. Les interventions humaines l’ont modifiée - de façon sans doute irréversible - beaucoup plus qu’imaginé.