Dons et refus de la montagne : la Cerdagne au XVIIIe siècle
2005
Emmanuel Garnier

Extrait de : "Paysages, territoires, aménagements dans le sud de la France (édition électronique)"
sous la direction de Jean-Louis Tissier ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Etienne Auphan, Michel Bartoli, Bernard Gonot, Guy Mainet, Philippe Vallette, Jean-Paul Métailié, Christine Vergnolle Mainar, Emmanuel Garnier, Jean-Yves Puyo, Robert Sourp, Jean-Luc Laffont, René Plessix, Jean-Louis Escudier
Paris, Éditions du CTHS
2005
p. 61-73
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Cet exposé se propose d'étudier les relations unissant l'homme à la nature à partir de l'exemple de la Cerdagne au XVIIIe siècle. Le dépouillement des archives de l'intendance du Roussillon (série 1 C des Pyrénées Orientales), plus particulièrement celles s'intéressant aux affaires communales de la viguerie de Cerdagne ainsi qu'au patrimoine domanial, permet de suivre la formation et l'évolution des paysages dans cette partie de la montagne pyrénéenne.
La signature des traités des Pyrénées de 1659 impose une rupture politique arbitraire pour les populations montagnardes, unies dans le souvenir de l'entité qu'était le Comté de Cerdagne au sein des "Pays catalans". Pour autant, ce tournant géopolitique ne remet pas immédiatement en cause les anciennes traditions locales. C'est ainsi que les communautés françaises (Angoustrine, Bolquères) et espagnoles (Puigcerda, Llivia) continuent à jouir collectivement des dons procurés par la nature, à savoir les " montagnes " (pâturages d'estive), les " pasquiers " (pré-bois pâturés) et les sapinières. Sur le plan institutionnel, le Conseil souverain de Perpignan, chambre provinciale veillant au respect des usages catalans, s'oppose avec succès à l'application de la grande ordonnance française des Eaux et Forêts de 1669.
La seconde moitié du XVIIIe siècle inaugure incontestablement une nouvelle ère qui fait passer la Cerdagne du temps de l'âge d'or à celui d'une rupture écologique majeure. La construction de la forteresse de Mont-Louis au Col de la Perche est un puissant facteur de perturbation pour le milieu naturel. La place forte ne tarde pas à apparaître aux yeux des habitants comme un ogre insatiable engouffrant fourrage, bois et bétail, trois composantes essentielles du système agro-sylvo-pastoral montagnard. Cette réalité, conjuguée à une pression démographique exceptionnelle, entraîne une rupture des solidarités immémoriales entre Cerdans des deux États, la " guerre des pâturages " sévissant désormais.