Essai de biogéographie historique aux confins du Béarn et du Pays basque
la forêt de Gouloume (forêt communale d'Aramits, Pyrénées-Atlantiques), 1890-1945 - 2005
Jean-Yves Puyo

Extrait de : "Paysages, territoires, aménagements dans le sud de la France (édition électronique)"
sous la direction de Jean-Louis Tissier ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Etienne Auphan, Michel Bartoli, Bernard Gonot, Guy Mainet, Philippe Vallette, Jean-Paul Métailié, Christine Vergnolle Mainar, Emmanuel Garnier, Jean-Yves Puyo, Robert Sourp, Jean-Luc Laffont, René Plessix, Jean-Louis Escudier
Paris, Éditions du CTHS
2005
p. 107-119
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Située sur le Piémont pyrénéen, à une altitude moyenne de 450 mètres, la forêt de Gouloume, "frontière naturelle" entre le Béarn et le Pays Basque, présente sur près de 320 hectares des peuplements presque purs de hêtres de "bon allant", avec des individus de très belle qualité, semblables aux produits des plus célèbres hêtraies françaises. Or, si l’on s’intéresse au passé de ce petit massif forestier, on se rend compte qu’il possède une histoire des plus intéressantes. En premier lieu, les forestiers de l’État auront le plus grand mal à le soustraire à la dent des nombreux troupeaux voisins qui le pacageaient régulièrement. Aussi, on retrouve dans le cas d’Aramits des événements communs à presque toutes les zones forestières de la chaîne pyrénéenne, soit une soumission au Régime forestier des "plus douloureuses", avec un grand nombre de recours des populations locales plusieurs dizaines d’années après les premières interventions des agents des Eaux et forêts. En second lieu, les aménagements successifs proposés par les forestiers de l’État reflètent étroitement les ;grands débats qui animent la foresterie française, du dernier tiers du XIXe siècle à nos jours: doit-on favoriser les structures régulières monospécifiques ou au contraire implanter des peuplements irréguliers prenant en compte les chênes, merisiers et frênes présents à l’état spontané ? Enfin, durant plus d’un siècle, les événements climatiques (neige lourde, chablis dus à des coups de vents) viendront régulièrement bouleverser les beaux agencements prévus par les forestiers...
Aussi, cette forêt, modelée par plus d’un siècle d’aménagements forestiers successifs, constitue le terrain idéal pour réaliser une étude relevant de la biogéographie historique (un courant actuel de géographie française encore trop méconnu), définie ainsi par le professeur Jean-Jacques Dubois : "La biogéographie historique vise à développer, à côté de l’approche strictement naturaliste de la biogéographie classique, une approche qui s’intéresse autant aux espaces forestiers, morcelés, aménagés, "territorialisés" par les sociétés humaines, qu’aux milieux végétaux, résultat d’une longue confrontation entre contraintes naturelles et interventions humaines."