Les ouvriers de la construction navale : une identité fondée sur la pénibilité du travail ?
2006
Stéphanie Queval

Extrait de : "Le travail et les hommes aux XIXe et XXe siècles (édition électronique) "
sous la direction de Dominique Barjot ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Jan Berting, François Audigier, Bruno Benoit, Daniel Chave, Jeanine Cohen, Arnaud Berthonnet, Yvan Combeau, Marie-Christine Bailly-Maître, Laurence Pissard, Jérôme Cucarull, Alain Gatti, Fabienne Picard, Nathalie Rodet-Kroichvili, Alain Mélo, Christiane Demeulenaere-Douyère, David Lamoureux, Stéphanie Queval, Jean Lorcin, Chip Buchheit, Pascal Raggi, Anne Marle, Pierre Barbier, Daniel Berthereau, Florent Vanremortère, Daniel Blanc, Étienne Thévenin

Paris, Éditions du CTHS
2006
p. 177-185
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le texte qui sera présenté s'appuie sur trois années de recherches réalisées auprès d'un ancien chantier naval (les Chantiers de Normandie, fondés en 1894), et dont la fermeture définitive en 1986 met un terme à une intense activité dans les domaines de construction et de réparation navales au sein de la région rouennaise. Cette recherche fait à la fois appel aux sources documentaires (une partie des archives du chantier naval a été sauvegardée) et aux archives orales, à partir du recueil de récits de vie professionnelle auprès d'anciens ouvriers du chantier naval.
Si d'une manière générale, nous nous intéresserons à la thématique de la construction des identités professionnelles, dans le cadre de ce texte, le regard sera plus particulièrement porté sur les conditions de travail. En effet, être ouvrier dans le secteur de la construction navale, c'est avant tout appartenir à un secteur où la dureté des conditions de travail fait partie intégrante du métier et de son exercice. La souffrance partagée constitue alors un élément essentiel dans la construction d'une identité professionnelle commune. Si la majorité des ouvriers interrogés affichent comme une sorte de gage d'appartenance, voire une forme d'honneur, cette expérience de la pénibilité du travail, il faut cependant se garder des visions trop simplistes. Les ouvriers du chantier naval ne forment pas un groupe homogène, il existe des lieux et des corporations professionnelles qui sont plus ou moins exposés à des conditions de travail difficiles. Plus spécifiquement, ce sont les métiers exerçant à l'extérieur (« à bord », autrement dit sur la cale de lancement et à bord des navires) qui s'opposent aux métiers exerçant au sein des ateliers. C'est aussi typiquement la figure du riveur (« le dur à cuire du chantier ») qui s'oppose à celle du traceur de coque (« le petit prince »).