Les ouvrières de la soie à Lyon au XVIIIe siècle
2006
Jean-François Budin

Extrait de : "Le travail avant la révolution industrielle (édition électronique)"
sous la direction de Maurice Hamon ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Robert Carvais, Michèle Virol, Christian Desplat, Françoise Bayard, Charlotte Guichard, Michèle Toucas-Bouteau, Dominique Flon, Ania Guini-Skliar, Jean-François Budin, Olivier Zeller, Catherine Lanoe, Patrice Bret, Marie-Odile Bernez, Bernard Lachèse, Natacha Coquery, Aude Revier, René Plessix, Daniel Berni, Jean Flouret, Yann Le Hérissé, Jean-Paul Casse, Stefano Simiz, Nadège Perry, Abdallah Fili, Marie-Hélène Colin, Jocelyne Portier, Pascal Even, Luisa Dolza, Liliane Hilaire-Perez, Zina Weygand, Koïchi Horikoshi, Pierre Vicq, François Lormant, Georges Hanne, Jean-Marc Olivier, André Ferrer, Pierre Legal
Paris, Éditions du CTHS
2006
p. 117-126
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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La place des hommes - marchands et maîtres ouvriers - dans l'industrie de la soie lyonnaise est connue depuis le XIXe siècle avec l'ouvrage de Justin Godart, L'ouvrier en soie. Monographie du tisseur lyonnais. Étude économique, historique et sociale. Il faut attendre 1970 et la thèse de Maurice Garden, Lyon et les Lyonnais au XVIIIe siècle, pour que soit abordé le rôle des femmes dans la grande Fabrique. Cet article a pour but de préciser la place des femmes dans la soierie lyonnaise au XVIIIe siècle, ce que Maurice Garden n'avait pu faire dans son analyse globale de la société lyonnaise. L'examen des sources de l'histoire sociale - inventaires après décès, registres mortuaires de l'Hôtel Dieu, contrats de mariage et testaments - a permis de préciser leurs conditions de vie, le plus souvent misérables, ainsi que leur place réelle dans l'organigramme professionnel. Outre les femmes qui dépendent directement du maître ouvrier, femmes et filles du maître, dévideuses, ourdisseuses, tireuses de cordes, filles domestiques et servantes, il existait des femmes qui travaillaient indépendamment des maîtres ouvriers et prenaient leurs ordres directement des marchands fabricants. Ces femmes employaient des ouvrières et louaient leur appartement à leur nom, au même titre qu'un maître ouvrier. D'autres ouvrières travaillaient sur le métier à tisser malgré les interdictions formelles des règlements de métiers. Les actes d'apprentissage de la Charité et les papiers de marchands permettent d'estimer le montant des gages et salaires de ces ouvrières, environ deux sols par jour vers 1750. Enfin, l'analyse des mémoires de maîtres et de marchands permet de constater le fossé qui sépare les représentations de la réalité quotidienne des travailleuses lyonnaises. Il en ressort que les femmes jouaient un rôle prépondérant dans la principale industrie de Lyon au XVIIIe siècle.