Spécialiste généraliste, novateur conservateur ? Les dissemblances du travail de l'artisan-boutiquier à Paris au XVIIIe siècle
2006
Natacha Coquery

Extrait de : "Le travail avant la révolution industrielle (édition électronique)"
sous la direction de Maurice Hamon ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Robert Carvais, Michèle Virol, Christian Desplat, Françoise Bayard, Charlotte Guichard, Michèle Toucas-Bouteau, Dominique Flon, Ania Guini-Skliar, Jean-François Budin, Olivier Zeller, Catherine Lanoe, Patrice Bret, Marie-Odile Bernez, Bernard Lachèse, Natacha Coquery, Aude Revier, René Plessix, Daniel Berni, Jean Flouret, Yann Le Hérissé, Jean-Paul Casse, Stefano Simiz, Nadège Perry, Abdallah Fili, Marie-Hélène Colin, Jocelyne Portier, Pascal Even, Luisa Dolza, Liliane Hilaire-Perez, Zina Weygand, Koïchi Horikoshi, Pierre Vicq, François Lormant, Georges Hanne, Jean-Marc Olivier, André Ferrer, Pierre Legal
Paris, Éditions du CTHS
2006
p. 175-196
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Cette communication s'inscrit dans un programme de recherche plus large mené sur la boutique et la ville à l'époque moderne. L'intérêt est d'étudier en détail l'organisation de la petite entreprise et le rôle essentiel du petit entrepreneur dans les échanges. L'un des axes concerne l'histoire du travail de l'entreprise, à travers trois questions : le fonctionnement de l'établissement commercial, les réseaux de fournisseurs, les savoir-faire et la réussite.
Je me propose d'aborder ici les multiples facettes du travail de l'artisan-boutiquier qui exerce dans le secteur du luxe et du demi-luxe, un secteur en plein essor dans le Paris de la seconde moitié du XVIIIe siècle. L'enquête est menée à partir de deux types de sources conservées aux archives de Paris : d'une part les livres de comptes (datant des années 1775-1785) d'un joaillier-bijoutier - Aubourg, rue Mazarine - et d'un tapissier-miroitier - Law, rue Saint-Honoré -, d'autre part, les bilans et dépositions de créanciers contenus dans une centaine de dossiers de faillite de petites commerçants (la plupart des bijoutiers ou joailliers).
Il s'agit de comprendre la cohérence de formes d'activités très diverses, voire à priori discordantes, mais dont l'étendue correspond en fait à celle des produits, des clientèles, des réseaux professionnels, eux-mêmes liés au contexte économique général de l'époque. Innover, inventer de nouveaux produits, transformer mais, en même temps conserver, entretenir, réparer. Diffuser les nouveautés auprès d'une pratique riche et exigeante mais, en même temps, faire circuler, pour une clientèle élargie, une marchandise d'occasion et usagée, à faible prix. Travailler seul dans sa boutique, ou presque - cette micro-entreprise se limite au patron et à un ou deux garçons ou filles de boutique - mais en même temps être inséré dans un réseau professionnel dense. Le petit artisan-boutiquier œuvre dans un contexte d'extrême division du travail ; il apparaît donc comme un hyperspécialiste et pourtant, son travail est multifonctionnel. Au XVIIIe siècle, la culture de consommation émerge, certes, mais les pratiques commerciales et donc le travail du petit marchand, encore souvent artisan, diffèrent énormément de ceux de la société de consommation du XXe siècle.