Archaïsme et modernité de l'artisanat papetier en Franche-Comté (XIVe-XIXe siècles)
2006
André Ferrer

Extrait de : "Le travail avant la révolution industrielle (édition électronique)"
sous la direction de Maurice Hamon ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Robert Carvais, Michèle Virol, Christian Desplat, Françoise Bayard, Charlotte Guichard, Michèle Toucas-Bouteau, Dominique Flon, Ania Guini-Skliar, Jean-François Budin, Olivier Zeller, Catherine Lanoe, Patrice Bret, Marie-Odile Bernez, Bernard Lachèse, Natacha Coquery, Aude Revier, René Plessix, Daniel Berni, Jean Flouret, Yann Le Hérissé, Jean-Paul Casse, Stefano Simiz, Nadège Perry, Abdallah Fili, Marie-Hélène Colin, Jocelyne Portier, Pascal Even, Luisa Dolza, Liliane Hilaire-Perez, Zina Weygand, Koïchi Horikoshi, Pierre Vicq, François Lormant, Georges Hanne, Jean-Marc Olivier, André Ferrer, Pierre Legal
Paris, Éditions du CTHS
2006
p. 391-398
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

  Télécharger le document (les articles de plus de 3 ans sont gratuits)

Le premier moulin à papier apparaît en Franche-Comté à la fin du XIVe siècle. Les papetiers viennent d'abord de l'extérieur : Lorraine, Bourgogne, Suisse, Orléanais. Main-d'œuvre qualifiée, fière de son savoir, indépendante voire frondeuse, maîtres et ouvriers papetiers se déplacent volontiers d'une papeterie à l'autre. Des moulins à grains ont pu être temporairement ou durablement convertis en papeteries. Les cours d'eau appartenant aux autorités seigneuriales laïques ou ecclésiastiques, celles-ci sont donc à l'origine des premières créations papetières, d'autant qu'elles en sont les principaux clients et qu'elles peuvent fournir une partie des capitaux nécessaires aux installations. Au XVIe siècle, ce sont parfois des villes ou des particuliers, marchands ou fabricants, qui créent de nouvelles installations.
Les papeteries comtoises connaissent un âge d'or au XVIIIe siècle, les sites papetiers se multipliant jusqu'à dépasser la trentaine. Le papier comtois est un article d'exportation aussi bien vers Strasbourg, Paris ou Lyon que vers la Suisse. La technique des cylindres ou piles hollandaises, inventée à la fin du XVIIe siècle, n'apparaît en Franche-Comté qu'en 1738 et s'y développe lentement.
Le passage de l'artisanat papetier à l'âge industriel est tardif ; alors que les papeteries modernes se développent à partir des années 1830, les vieux moulins à papier ne disparaissent que dans le dernier tiers du siècle. La machine à papier n'apparaît en Franche-Comté qu'en 1832, et la première machine à vapeur pour sécher le papier en 1833. Au milieu du XIXe siècle, les papeteries artisanales sont encore majoritaires.
La pâte à bois apparaît encore plus tardivement ; si Balzac l'évoque déjà dans les Illusions perdues, rédigées entre 1836 et 1843, en Franche-Comté, il faut attendre 1868 pour l'introduction du procédé et le début du XXe siècle pour que le bois remplace partout les chiffons comme matière première.