Le temps du soir, un lieu hanté
2007
Nadine RIBET

Extrait de : "Temps social, temps vécu (édition électronique)"
Sous la direction de Claude Mazauric ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004

Alain BIHR, Emmanuel FAIVRE, Jean-Claude HORNUS, Philippe MANNEVILLE, Nadine RIBET, Olivier VERNIER, Benoist PIERRE, Christine BARRALIS, Jean-Daniel MOREROD, Bruno RESTIF, Christine PEREZ, Marie-Christine LACHESE, Philippe LARDIN, Robert CHAMBOREDON, Olivier TROUBAT, Théotiste JAMAUX-GOHIER, Olivier CODINA, Michel VERNUS, Corinne MARACHE, Aimée MOUTET, Nicolas HATZFELD, Roselyne PROST, Piero-D. GALLORO, Pascal RAGGI, Claude ROCHETTE, David LAMOUREUX, Sophie BERNARD, Sébastien RICHEZ, Béatrice EYSERMANN, Thierry WENDLING, François BAUDELAIRE, Pierre CHARBONNIER, Thierry COUZIN, Bernard LACHESE, Michèle TOUCAS-BOUTEAU, Yvan COMBEAU, Gérard BODE, Jacques GAVOILLE, Michel MIEUSSENS, Anne THOMAZEAU
Paris, Éditions du CTHS
2007
p. 55-66
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Enchâssé entre le jour et la nuit, le temps du soir est un entre-deux, temps de passage entre la veille diurne et le sommeil nocturne, sans équivalent dans tout le cycle nycthéméral. Ce temps contient une charge solennelle particulière par-delà son ordinaire répétition, favorisant ainsi une organisation ritualisée. Au seuil de la nuit, plus que tout autre temps, le
soir nous (re)place dans le chaînage des vivants et des morts, la généalogie des êtres, la genèse du monde.
Manipulation symbolique du temps, le rituel opère également une manipulation symbolique de l’espace qui confère aux rassemblements du soir la forme imaginaire du cercle. Les récits de veillées ou de soirée nous parlent d’une proxémie de convivialité et
d’intimité qui emprunte à la figure circulaire dans une dynamique centripète. La locution prépositive « autour» signale bien cette manière de faire cercle : autour du feu, autour d’un verre, d’une scène, de la table ou du conteur... L’expression du groupe est centrée sur cette modalité spatiale : là, une communauté est rassemblée et ancrée dans le cercle d’un imaginaire qui annule la dispersion des vivants mais aussi la séparation des vivants et des morts. Le soir, plus que tout autre catégorie temporelle, semble constituer une puissante figure spatiale de l’intimité.