Jubilé, siècle et millénaire aux origines médiévales de la commémoration des événements
2007
Jean-Daniel MOREROD

Extrait de : "Temps social, temps vécu (édition électronique)"
Sous la direction de Claude Mazauric ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004

Alain BIHR, Emmanuel FAIVRE, Jean-Claude HORNUS, Philippe MANNEVILLE, Nadine RIBET, Olivier VERNIER, Benoist PIERRE, Christine BARRALIS, Jean-Daniel MOREROD, Bruno RESTIF, Christine PEREZ, Marie-Christine LACHESE, Philippe LARDIN, Robert CHAMBOREDON, Olivier TROUBAT, Théotiste JAMAUX-GOHIER, Olivier CODINA, Michel VERNUS, Corinne MARACHE, Aimée MOUTET, Nicolas HATZFELD, Roselyne PROST, Piero-D. GALLORO, Pascal RAGGI, Claude ROCHETTE, David LAMOUREUX, Sophie BERNARD, Sébastien RICHEZ, Béatrice EYSERMANN, Thierry WENDLING, François BAUDELAIRE, Pierre CHARBONNIER, Thierry COUZIN, Bernard LACHESE, Michèle TOUCAS-BOUTEAU, Yvan COMBEAU, Gérard BODE, Jacques GAVOILLE, Michel MIEUSSENS, Anne THOMAZEAU
Paris, Éditions du CTHS
2007
p. 99-106
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Le recours au siècle comme division majeure du temps historique se répand dès la seconde moitié du XVIe siècle, avant de triompher au XIXe siècle. Son succès paraît étroitement lié à celui de la commémoration d'événements après un certain nombre d'années, nombre qui doit être rond ou marquer une subdivision de nombre rond. Ce lien existe-t-il déjà durant la préhistoire du siècle ? C'est entre 1200 et 1300 que se met au point notre concept de siècle et de centenaire : groupes de cent années numérotés depuis la naissance du Christ (« le stupide XIXe siècle ») et groupes de cent années pouvant commencer à la date que l'on veut (« 7e centenaire de la mort de saint Louis »). On trouve, parmi les initiateurs, de grands intellectuels comme Alexandre de Roes, Arnaud de Villeneuve ou Olivi, et leur perspective est toujours eschatologique et non pas
historiographique : il s'agit de fixer des événements de la fin des temps dans une chronologie englobant le passé et combinant les années de l'ère chrétienne et des données chiffrées fournies par l'exégèse. Toutefois, si la perspective est celle du Salut, les procédés n'appartiennent pas tous à la tradition chrétienne. Si les millénaires de la naissance et de la passion du Christ ont pu jouer un rôle, si le jubilé juif est un modèle très influent, c'est l'histoire romaine ou l'idée que l'on s'en fait qui semble avoir été déterminante. Rome avait utilisé des siècles numérotés depuis la fondation de la Ville et fêté son millénaire et quelques-uns de ces centenaires. En plus, une angoisse eschatologique s'était développée à la fin de l'Antiquité, liée à une prophétie rapportée par Varron selon laquelle Rome disparaîtrait après avoir accompli ses 1 200 ans. Ces matériaux antiques sont redécouverts et christianisés durant une période qui est justement de peu postérieure aux 1 200 ans de l'ère chrétienne. Quoi qu'il en soit, le siècle ainsi réinventé a suscité la commémoration d'événements, mais pas semble-t-il sous la forme de simples anniversaires, comme de nos jours pour marquer par exemple le deuxième centenaire de la naissance ou de la mort d'un personnage. L'importance attachée à un nombre rond d'années écoulées depuis un
événement se marque dans le choix de la date de consécration de sanctuaires ou de transferts de
reliques. C'est ainsi que l'on intervient sur les reliques de Charlemagne et de Thomas Becket à
cinquante ans de leur mort (1220 pour Becket) ou de leur canonisation (1215 pour Charlemagne),
que la cathédrale d'Aix-la-Chapelle est consacrée six cents ans après la mort de Charlemagne (janvier 1414) ou que le Saint-Sépulcre est consacré cinquante ans jour pour jour après la conquête de la ville de Jérusalem par les Croisés (15 juillet 1149).