Le temps chez les Polynésiens avant la découverte missionnaire
2007
Christine PEREZ

Extrait de : "Temps social, temps vécu (édition électronique)"
Sous la direction de Claude Mazauric ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004

Alain BIHR, Emmanuel FAIVRE, Jean-Claude HORNUS, Philippe MANNEVILLE, Nadine RIBET, Olivier VERNIER, Benoist PIERRE, Christine BARRALIS, Jean-Daniel MOREROD, Bruno RESTIF, Christine PEREZ, Marie-Christine LACHESE, Philippe LARDIN, Robert CHAMBOREDON, Olivier TROUBAT, Théotiste JAMAUX-GOHIER, Olivier CODINA, Michel VERNUS, Corinne MARACHE, Aimée MOUTET, Nicolas HATZFELD, Roselyne PROST, Piero-D. GALLORO, Pascal RAGGI, Claude ROCHETTE, David LAMOUREUX, Sophie BERNARD, Sébastien RICHEZ, Béatrice EYSERMANN, Thierry WENDLING, François BAUDELAIRE, Pierre CHARBONNIER, Thierry COUZIN, Bernard LACHESE, Michèle TOUCAS-BOUTEAU, Yvan COMBEAU, Gérard BODE, Jacques GAVOILLE, Michel MIEUSSENS, Anne THOMAZEAU
Paris, Éditions du CTHS
2007
p. 117-133
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
  Article en pdf à télécharger gratuitement
Pourquoi le Polynésien diffère-t-il dans sa conception du temps ? Parce qu’il insère tout son être dans la vie universelle et vit intensément son i teie nei : le moment présent. L’important, c’est maintenant, non parce que demain n’existe pas, mais aussi parce que demain deviendra aujourd’hui. Le Polynésien ne marque aucun intérêt pour les dates et leur exactitude : qu’importent les années qui s’égrènent sur un calendrier. Ce qui importe, ce sont les événements
remarquables dignes de rester dans la mémoire collective, celle qui engrange les successions des
générations, savoir collectif colporté par le haere no po, le Grand Marcheur de la Nuit, grand prêtre qui récite inlassablement les généalogies à chaque instant des multiples rituels qui scandent la vie de la communauté : oublier les généalogies, c’est la mort assurée. En effet, ce sont elles qui déterminent accès au pouvoir et autorité. Le Polynésien a tout son temps. C’est l’explication qu’ont donnée les missionnaires du fait que le Polynésien marche doucement, posément, sans se presser, prenant le temps de vivre pour que
chaque pas, chaque phase de la vie soit bien assurés et appréciés pleinement. C’est ainsi que le grand héros Maui, dont le mythe étiologique est présent dans tous les archipels du Triangle polynésien, capture le soleil, Râ, afin qu’il règle sa course sur le rythme de l’homme, afin que les populations puissent avoir le temps de cuire leur nourriture et de la manger pendant le jour, ainsi que de dormir pendant la nuit, de vivre le temps, à leur rythme ! La nature vit au même diapason : la pratique des rahui, les tapu – interdits – temporaires imposés par l’ari’i, le roi, consiste à imposer des périodes de prohibition, des restriction, notamment sur la pêche à la bonite, pour que les ressources terrestres ou marines aient le temps de se « ressourcer ».