Turn-over au travail de la main-d’oeuvre migrante : de l’instabilité à la fidélisation
2007
Piero-D. GALLORO

Extrait de : "Temps social, temps vécu (édition électronique)"
Sous la direction de Claude Mazauric ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004

Alain BIHR, Emmanuel FAIVRE, Jean-Claude HORNUS, Philippe MANNEVILLE, Nadine RIBET, Olivier VERNIER, Benoist PIERRE, Christine BARRALIS, Jean-Daniel MOREROD, Bruno RESTIF, Christine PEREZ, Marie-Christine LACHESE, Philippe LARDIN, Robert CHAMBOREDON, Olivier TROUBAT, Théotiste JAMAUX-GOHIER, Olivier CODINA, Michel VERNUS, Corinne MARACHE, Aimée MOUTET, Nicolas HATZFELD, Roselyne PROST, Piero-D. GALLORO, Pascal RAGGI, Claude ROCHETTE, David LAMOUREUX, Sophie BERNARD, Sébastien RICHEZ, Béatrice EYSERMANN, Thierry WENDLING, François BAUDELAIRE, Pierre CHARBONNIER, Thierry COUZIN, Bernard LACHESE, Michèle TOUCAS-BOUTEAU, Yvan COMBEAU, Gérard BODE, Jacques GAVOILLE, Michel MIEUSSENS, Anne THOMAZEAU
Paris, Éditions du CTHS
2007
p. 254-268
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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La question du temps de présence des ouvriers de la sidérurgie à leur poste de travail a été une préoccupation constante des maîtres de forges. Malgré une série de mesures que d’aucuns ont qualifiés de paternalisme, les temps de séjour des ouvriers dans les ateliers des usines sont restés extrêmement courts sur l’ensemble de la période 1880-1974 que ce soit en Lorraine, au Creusot ou dans des zones ferrifères limitrophes comme au Luxembourg. La stabilisation de la main-d’oeuvre autour des sites de production n’interviendra que fort tard, après la seconde guerre mondiale et de manière incomplète.
Au-delà de cette forte mobilité, l’analyse de plusieurs dizaines de milliers de fiches d’ouvriers d’usines sidérurgiques françaises et luxembourgeoises sur l’ensemble de la période, nous révèle un certain nombre d’éléments sur le comportement des ouvriers face au temps de travail. D’une part, la discipline d’usine qui se met en place dès le début du XXe siècle n’aboutit pas toujours à faire respecter les temps imposés par l’entreprise. Ensuite, les politiques de fixation définitive de la main-d’oeuvre dans l’usine sont un échec relatif dans la mesure où loin d’aboutir à une présence constante et régulière des ouvriers au coeur de la même usine, un mouvement de va-et-vient s’effectue tout au long des carrières. Par là, les temps de séjour fractionnés tendent à montrer que nous n’avons pas affaire à une faillite de la fixation de la main-d’oeuvre mais plutôt à une forme modulée à travers une fidélisation de l’ouvrier à un ou plusieurs sites de production.
En cela, nous allons nous efforcer de montrer qu’à travers l’étude des temps de travail et de séjour dans les usines, la mobilité n’est pas forcément un facteur d’instabilité mais peut constituer l’un des vecteurs de l’enracinement de populations ambulantes en particulier étrangères.