Un imaginaire de l’espace et du paysage militaires du Génie au XVIIIe siècle. Le cas de la Provence
la topographie des militaires du Génie au XVIIIe siècle (cas de la Provence) - 2007
Georges PICHARD

Extrait de : "Géographie et cartographie historique : méthodes et résultats (édition électronique)"
Sous la direction de Monique PELLETIER ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Monique PELLETIER, Georges PICHARD, Robert SOURP, Christine VERGNOLLE MAINAR, Alain CAZENAVE-PIARROT, Caroline MARIACCI, Pierre VIDAL, Françoise ALBERTINI, Marie-Laure NIVET, Don-Mathieu SANTINI, Piero D. GALLORO et Nouredine CHERIGUENE, Gilles SELLERON, Julien MAHOUDEAU
Paris, Éditions du CTHS
2007
p. 24-42
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Les académiciens et astronomes parachevèrent, avec la dynastie des Cassini, la vision classique du territoire politique des atlas, en étendant à tout le pays la procédure « géométrique » mise au point lors de la mesure de la grande « méridienne » de la France. Cet apport considérable fut en partie pris à leur compte par les officiers du Génie, surtout à partir de 1748, dans le comté de Nice, puis en Provence et dans les Alpes (1764-1780). Mais l’apport des militaires réside dans la volonté de représenter sous une même optique de projection orthogonale sur le plan, les plaines et les montagnes, les villes et les campagnes.
Cette unification des territoires dans une vision synoptique impliquait à la fois une échelle adéquate (à la base, l’équivalent du 1 :14 400) et des techniques picturales d’évocation topographique du « relief » (terme particulier à leur métier), bien avant la mise au point de la procédure des courbes de niveau, contrairement à ce qu’avait avancé autrefois François de Dainville. La topographie devint une spécialité militaire, de même que l’étude du « paysage », telle qu’elle apparaît dans les cartes elles-mêmes et dans les copieux mémoires accompagnant les cartes. Le rabattement sur le plan horizontal se répercute dans leurs enquêtes statistiques (population, équipements, productions agricoles et d’élevage), introduisant dès ces années 1760 un ethos « économique » dans les choses terrestres. Cette cartographie et ce qui l’accompagne constitue une source inégalable pour une histoire des paysages ruraux, des structures de l’habitat et des communications, jusqu’aux plus petits chemins de desserte rurale.