Judéo-Portugais et non Blancs en Amérique tropicale françaises (XVIIe- XVIIIe siècles)
2007
Vincent HUYGHES-BELROSE

Extrait de : "Culture et modes de sociabilité méridionaux (édition électronique)"
Sous la direction de Jean-Pierre AMALRIC ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Lucien ABENON, Jean-Charles BENZAKEN, Jacques de CAUNA, Martine CUTTIER, Vincent HUYGHES- BELROSE, Claude MEHATS, Roger TEXIER, Marc BORDIGONI, Colette BOUVIER- REYNAUD, Jean-Paul CASSE, Carine CALASTRENC, Georges COURTES, Jérôme CROYET, Emmanuel FILHOL, Michel PENNANEACH, Jean-Marc COMBE, Jean-Yves Le NAOUR, Pierre PURSEIGLE, Eric SAVARESE, Colette ZYTNICKI
Paris, Éditions du CTHS
2007
p. 61-73
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Associés aux aléas de la navigation et de la colonisation atlantiques des Provinces-Unies, les Judéo-Portugais d'Amsterdam apparaissent d'abord comme négociants de Curaçao dans les colonies tropicales françaises. Venus d’Italie et du Brésil, d’autres deviennent propriétaires de sucreries, jusqu'à leur expulsion (Guyane 1667, Martinique 1684). Au XVIIIe siècle les armateurs « portugais » de Bordeaux dépêchent leurs parents comme commissionnaires aux
Petites Antilles et en Guyane. Certains s’installent et deviennent propriétaires d'exploitations agricoles esclavagistes, les plus nombreux à Saint-Domingue, d’autres à la Martinique.
Beaucoup de Judéo-Portugais pénètrent en milieu amérindien, connaissent divers idiomes. Ils servent même d'interprètes officiels aux gouverneurs des Guyanes, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, mais on n’a pas d’exemple qu’ils aient servi de rabatteurs ou de traitants d’esclaves indigènes.
Dès 1651, Curaçao est le principal fournisseur d'esclaves des « habitations » françaises. Les documents subsistants laissent comprendre que les Judéo-Portugais en cause agissent comme
commissionnaires de diverses firmes chrétiennes et qu’aucun n’aurait financé d'expéditions d'achat en Afrique. S'ils sont très tôt propriétaires de sucreries esclavagistes dans ces colonies, les Judéo-Portugais ne sont ni les premiers ni les seuls responsables de
l'introduction d’esclaves africains. Au contraire, leur comportement de maîtres peut expliquer qu'à chaque fois qu'ils ont fui les Judéo-Portugais ont pu se faire accompagner sans contrainte apparente par leurs esclaves.
Certains ont affirmé que les colons judéo-portugais s’efforçaient de convertir leurs esclaves.
On ne peut cependant trouver aucune preuve d'un quelconque prosélytisme, mais au contraire de la volonté de soumettre les esclaves à la règle chrétienne commune. La survivance au XIXe siècle de trois tribus de « juifs marrons » entre la Guyane et le Surinam n’est pas une preuve de conversion.
En revanche, les enfants métis d’Amérindiens ou d’Africains n'étaient pas rejetés hors de la famille juive ni exclus de l’héritage. Cependant, l'extension du judaïsme par métissage n'aurait pas été possible dans le contexte de la colonisation esclavagiste blanche du XVIIIe siècle.
L'alignement obligé sur le comportement majoritaire, qui établissait une ligne de couleur plus déterminante que la ligne de religion, explique les positions conservatrices des colons juifs sous la Révolution.