Hommes du sud et gens du nord, entre solidarité nationale et confrontation
l’accueil des réfugiés de la Première Guerre mondiale dans la France méridionale - 2007
Jean-Yves LE NAOUR, Pierre PURSEIGLE

Extrait de : "Culture et modes de sociabilité méridionaux (édition électronique)"
Sous la direction de Jean-Pierre AMALRIC ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Lucien ABENON, Jean-Charles BENZAKEN, Jacques de CAUNA, Martine CUTTIER, Vincent HUYGHES- BELROSE, Claude MEHATS, Roger TEXIER, Marc BORDIGONI, Colette BOUVIER- REYNAUD, Jean-Paul CASSE, Carine CALASTRENC, Georges COURTES, Jérôme CROYET, Emmanuel FILHOL, Michel PENNANEACH, Jean-Marc COMBE, Jean-Yves Le NAOUR, Pierre PURSEIGLE, Eric SAVARESE, Colette ZYTNICKI
Paris, Éditions du CTHS
2007
p. 193-201
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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La Première Guerre mondiale et l’occupation des territoires conquis par les troupes allemandes provoquèrent dès 1914 le déplacement des populations du nord et du nord-est de la France. Fuyant l’invasion, ces dernières furent pour une large part dirigées vers le Midi où s’organisa dans les premières semaines du conflit la solidarité nationale qui présida à leur prise en charge. Cette communication analyse ce moment unique, où l’expérience de guerre entraîna dans des circonstances tragiques une rencontre à bien des égards inédite entre les populations du nord et du sud de la France. Célébré par la geste nationale, l’accueil
chaleureux et sincère des premiers jours révéla peu à peu ses ambiguïtés, tandis que s’instauraient méfiance et hostilité. L’unanimité patriotique des discours officiels ne parvenait pas en effet à masquer l’incompréhension, la jalousie, en un mot le trouble
provoqué par une rencontre qui tourna bientôt à la confrontation. Soumises à l’épreuve de la guerre d’usure, les solidarités s’effritèrent inexorablement jusqu’à ce que de vives manifestations de rejet se fissent jour.
De fait, alors que les Méridionaux dénonçaient des réfugiés désormais placés sous l’infamante étiquette de « Boches du nord », les populations du nord et du nord-est fustigeaient quant à elles l’égoïsme des gens du sud, dont l’accueil ne leur rendait pas justice de l’expérience qu’elles subissaient. En s’appuyant sur des sources locales, départementales, nationales et militaires, mais également sur la presse des réfugiés, cet article a donc pour but de croiser les regards sur cette rencontre, et d’identifier les représentations respectives forgées dans un contexte de crise nationale par les Méridionaux et leurs compatriotes du
nord et du nord-est.