Qu’est-ce qu’un rapatrié ? À propos des pieds-noirs rapatriés d’Algérie, de 1962 à nos jours
2007
Éric SAVARESE

Extrait de : "Culture et modes de sociabilité méridionaux (édition électronique)"
Sous la direction de Jean-Pierre AMALRIC ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Lucien ABENON, Jean-Charles BENZAKEN, Jacques de CAUNA, Martine CUTTIER, Vincent HUYGHES- BELROSE, Claude MEHATS, Roger TEXIER, Marc BORDIGONI, Colette BOUVIER- REYNAUD, Jean-Paul CASSE, Carine CALASTRENC, Georges COURTES, Jérôme CROYET, Emmanuel FILHOL, Michel PENNANEACH, Jean-Marc COMBE, Jean-Yves Le NAOUR, Pierre PURSEIGLE, Eric SAVARESE, Colette ZYTNICKI
Paris, Éditions du CTHS
2007
p. 202-214
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Contrairement à celle de pieds-noirs, catégorie dont les usages varient, jusqu’en 1962, en fonction de la situation politique algérienne, l’expression de « rapatriés » est une catégorie administrative élaborée pour traiter l’arrivée des pieds-noirs en France suite à l’indépendance de l’Algérie.
Toutefois, les deux expressions sont, en France, largement considérées comme synonymes. De la
sorte, les pieds-noirs, suite au mauvais accueil dont ils sont victimes en 1962, rejettent assez unanimement la classification métropolitaine de « rapatriés », en dépit de la diversité des réceptions de l’histoire algérienne qui séparent des individus très différenciés ; de plus, la multiplication des pratiques de retour sur une « terre des morts » indique qu’ils identifient l’Algérie à leur patrie, et, partant, se pensent non comme des rapatriés mais bien comme des expatriés.
Toutefois, le rejet de la notion de rapatriement ne s’oppose pas au réemploi d’une classification qui leur fut assignée de l’extérieur : une classification qui assure la visibilité du groupe que des porte-parole autoproclament, pour revendiquer en son nom, via le contrôle d’un tissus associatif dense. Ainsi, la rémanence de la notion de «apatrié est le produit d’interactions métropolitaines ; interactions entre une classification, à l’origine administrative, dénoncée par les individus ainsi désignés, lesquels peuvent choisir de se la réapproprier parce qu’elle fait partie d’un répertoire de choix identitaire.