Les zones humides en Méditerranée : après le temps de la conquête, celui de la préservation ?
2008
Sylvie CLARIMONT

Extrait de : "Politique d'aménagement en milieu méditerranéen (édition électronique) "
sous la direction de Nacima Baron-Yellès ; 128e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bastia, 2003

Andrée DAGORNE, Sylvie CLARIMONT,Henri PAUC, Pierre-Arnaud BARTHEL, Youcef ICHEBOUBENE, Sébastien FOUGNIE, Lucette LAURENS, Hubert FRANÇOIS, Gérard RICHEZ, Josy RICHEZ BATTESTI, Yamna DJELLOULI, Abdelkarim DAOUD, Willy CHENEAU,Vincent Andreu-Boussut, Olivier Musard

Paris, Éditions du CTHS
2008
p.21-32
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Marais, étangs, lagunes... : sous des formes diverses, les zones humides sont nombreuses dans les pays riverains de la Méditerranée. Pourtant, force est de constater que leur nombre s’est considérablement réduit au cours du siècle écoulé sous l’effet conjugué du développement de l’urbanisation et des grands équipements le long des littoraux méditerranéens, mais également de l’extension de l’agriculture irriguée. Espaces sans qualités, insalubres, vecteurs de maladies pour les populations installées à proximité, les zones humides ont souvent été sacrifiées au nom de la modernisation de l’agriculture.
En effet, au cours du siècle écoulé, tous les pays méditerranéens enregistrent une progression rapide de leurs superficies irriguées. L’essor de l’irrigation est envisagé comme la solution idoine au retard de développement des « campagnes sèches » méditerranéennes.
Cet apport artificiel d’eau rend possible une diversification de l’éventail cultural, un accroissement notable des rendements et permet en outre à l’agriculteur de s’affranchir de l’aléa climatique et de s’assurer des récoltes plus régulières. Liée à l’initiative privée et/ou à l’intervention des États, la mise en irrigation des terres provoque de profonds bouleversements tant sociaux que paysagers dans les campagnes méditerranéennes.
Ainsi, en Espagne, la multiplication par trois des superficies irriguées au cours du XXe siècle place ce pays en tête des pays méditerranéens avec 3,5 millions d’hectares irrigués aujourd’hui. Cet essor considérable des superficies irriguées espagnoles doit beaucoup à l’intervention massive de l’État, à l’origine de la création de grands périmètres de colonisation hydro-agricole, souvent situés là même où les zones humides étaient les plus nombreuses. Expérimentée dans le bassin de l’Èbre, « grand laboratoire hydraulique national », cette politique agraire va contribuer à modifier profondément paysages et sociétés rurales comme nous le montrerons à partir de l’étude de deux cas :
– les Monegros, espace situé dans la partie centrale de la dépression de l’Èbre, à cheval sur les provinces de Huesca et de Saragosse ;
– le delta de l’Èbre, autrefois maigre terrain de parcours pour des troupeaux ovins transhumants, devenu le support d’une agriculture productiviste.
Dans ces deux cas, les zones humides jadis omniprésentes n’existent plus aujourd’hui qu’à l’état résiduel. Toutefois, la prise de conscience de la valeur des ces humedales induit des tensions parfois vives entre protecteurs et agriculteurs. L’examen de sources variées :
sources iconographiques (cartes, plans et photographies) et littéraires, rapports et mémoires d’ingénieurs, textes législatifs, articles de presse (presse locale aragonaise et catalane), nous permettra de cerner le changement des discours et des pratiques relatifs aux zones humides
ibériques.