Les relations entre les cours de France et de Naples dans la décennie 1270
2008
Xavier HELARY

Extrait de : "L'espace politique méditerranéen (édition électronique) "
sous la direction de Jean Duma ; 128e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bastia, 2003

Enrico BASSO, Giulio CIPOLLONE, Philippe COLOMBANI, Xavier HELARY, François ARNOULET, Alain BLONDY, Jean-Pierre FARGANEL, Bernard GAINOT, Pierre SANTONI, Michel VERGE-FRANCESCHI, Marino VIGANO, Bruno FULCONIS, Hervé LE BRET, Eric SAUNIER, Florent VANREMORTERE, Michèle BAUSSANT-RACCIMOLO, Jan BERTING, Antoine CASANOVA, Piero D. GALLORO, Laurent HECKETSWEILER, Karine LAMBERT, Giannetta MURRU CORRIGA, André ROBINET, Christiane VILLAIN-GANDOSSI
Paris, Éditions du CTHS
2008
p. 33-46
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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La conquête du royaume de Sicile par Charles d’Anjou, en 1266, a placé la dynastie capétienne dans une situation inédite : le frère du roi de France devenait roi lui-même. Les relations entre les « Angevins de Naples » et les Capétiens de France n’ont guère été étudiées en tant que telles ; elles ont été le plus souvent caricaturées, notamment à l’occasion de l’explication des deux croisades qui enserrent le règne de Philippe III, la croisade de Tunis en 1270 et celle d’Aragon en 1285. L’objet de ce travail est de se pencher sur les relations entre Charles d’Anjou et son neveu Philippe III dans la décennie 1270.
Après avoir nuancé l’interprétation traditionnelle d’un éloignement entre les deux cours, il est possible, surtout grâce aux sources angevines, de montrer que les relations ont été au contraire étroites : ayant toujours besoin d’argent, Charles d’Anjou a eu souvent recours au trésor royal français ; d’autre part, le roi de Sicile entretenait à la cour de France des représentants quasi-permanents, auxquels s’adjoignaient des envoyés temporaires chargés de tel ou tel point. Par ailleurs, Charles d’Anjou conservait à la cour des contacts étroits avec plusieurs princes, dont son neveu Robert d’Artois, et cherchait à se concilier les bonnes grâces du favori de Philippe III, Pierre de la Broce. Enfin, les entourages des deux rois étaient semblables au point que nombreux étaient ceux qui, comme Jean Britaud par exemple, étaient autant à leur place à la cour de France qu’à la cour de Naples.
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant si les deux rois ont eu, non une politique commune, mais des points de convergence importants : après un projet de candidature au trône impérial de Philippe III manigancé par Charles d’Anjou, c’est autour des élections pontificales et des derniers établissements de Terre sainte que l’accord est le plus évident. En Terre sainte, le contingent français offre un soutien sans faille aux entreprises du roi de Sicile devenu roi de Jérusalem : cet épisode illustre non seulement la convergence de vues entre le roi de France et son oncle, mais il montre encore la solidarité naturelle qui unit la noblesse française disséminée en Méditerranée, du royaume de France à la Terre sainte, en passant par le royaume de Sicile et la Grèce franque.