La transhumance bovine dans l’arc alpin, entre tradition et innovation
2008
Josiane Ribstein

Extrait de : "Le peuplement de l'arc alpin (édition électronique)"
sous la direction de Hervé Richard et Dominique Garcia ; 131e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006
Sébastien Bernard-Guelle, Gilbert Pion, Pierre Bintz, Alexandre Morin, Régis Picavet, Jacqueline Argant, Céline Bressy, David Pelletier, Robert Laudet, Pierre Bintz, Céline Bressy, Jean-Claude Daumas, Gilles Monin, Fabien Arnaud, M. Debret, Emmanuel Chapron, Yves Perrette, Fabien Hobléa, Jean-Paul Bravard, Laurent Astrade, Émilie Gauthier, Hervé Richard, Michel Magny, Odile Peyron, Fabien Arnaud, Jérémy Jacob, André Marguet, Yves Billaud, Stéfan Tzortzis, Florence Mocci, Kevin Walsh, Brigitte Talon, Mona Court-Picon, Vincent Dumas, Vanessa Py, Suzi Richer, Pierre-Jérôme Rey, Isabelle André, Jean-Michel Treffort, Sylvie Crogiez-Pétrequin, Aimé Bocquet, Marie-Christine Bailly-Maitre, Thierry Gonon, Delphine Isoardi, Bérengère Perez, Dominique Garcia, Raphaël Golosetti, Tomaso Di Fraia, Josiane Ribstein, Frédéric Surmely, Stéfan Tzortzis, Yannik Miras, Isabelle Jouffroy-Bapicot, Benoît Forel, Fabrice Monna, Christophe Petit
2008
p. 299-306
Collection : Documents préhistoriques

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Les sociétés traditionnelles de montagne ont fait preuve de beaucoup d'inventivité dans la gestion des ressources naturelles. C’est à partir de la lexicologie et d’un exemple de terrain en Gruyère (Suisse) que nous illustrons et définissons cette notion de transhumance bovine. Ce qui nous amène à constater que cette pratique, tout en étant ancrée dans la tradition, est en mutation constante et en pleine innovation. C'est ce que nous démontrent les sociétés pastorales qui au travers des bovins ont développé des stratégies de mise en valeur des ressources herbagères, en s'adaptant en priorité aux climats plus ou moins rigoureux selon l'époque étudiée, à l'altitude, à la pente, à la saison végétative courte et à l'isolement. L'adaptation à ces milieux extrêmes s'exprime par le biais d'une pratique séculaire, la transhumance bovine, qui jusqu'au milieu du XXe siècle est la clé de voûte de la construction de ces sociétés agropastorales. Bien que cette pratique soit régie par des fondements propres, articulés autour de logiques sous-jacentes communes que nous allons définir, elle revêt une multiplicité de formes locales (Tyrol, Gruyère, Valais, Beaufortain). Cette diversité démontre de façon pertinente des adaptations spécifiques à des écosystèmes impliquant l'homme, les bovins et la montagne. Ces systèmes performants ainsi développés sont les synthèses d'innovations et d’adaptations perpétuelles regroupant l'ensemble des savoirs et savoir-faire, sans cesse remis en question par le milieu montagnard. Ces mêmes mécanismes ont opéré dans l’adaptation à la modernité, faisant de la transhumance bovine, toujours plus d’actualité, une pratique patrimoniale avec de nouvelles exigences de qualité. Aujourd’hui, le pastoralisme se retrouve au cœur des activités touristiques par le maintien des espaces ouverts (alpages et pistes de ski, tourisme vert) et la transformation des productions en produits culturels (fromages, viande).

Abstract
Bovine transhumance in the alpine arc, between tradition and innovation
Traditional mountain populations showed much inventiveness in the management of natural stock. Based on lexicology and a geographical example in the Gruyère region (Switzerland), we illustrate and define this concept of bovine transhumance.
This leads us to note that this practice, while being anchored in tradition, is in constant mutation and fully innovative. This is shown by the pastoral populations which, through the intermediary of the bovine, developed strategies to exploit grazing land resources, while adapting in priority to the more or less rigorous climates depending on the periods studied, to the altitude, the slope, the short vegetative season and isolation. Adaptation to these extreme climates is expressed by means of a secular practice, the bovine transhumance, which, until the middle of the twentieth century, is the keystone of the evolution of these pastoral societies. Although this practice is governed by its own rules, which are structured on underlying common logics that we will define, there are many local particularities (Tyrol, Gruyère, Valais, Beaufortain).
This diversity shows, in a relevant way, the specific adaptations to ecosystems which imply Man, the cow and the mountain. These powerful systems thus developed are the synthesis of innovation and perpetual adaptations which gather all of the knowledge and expertise, unceasingly called into question by this ecosystem: the mountain. These same mechanisms played a role in the adaptation to modernity, making bovine transhumance, still very much a part of current affairs, a patrimonial practice with new requirements for quality.
Today, pastoralism is at the heart of tourist activities with respect for open areas (mountain pastures, winter sports and ecological tourism) and the transformation of local products into cultural products (cheese, meat).