Témoins du voyage ou objets scientifiques ? Les collections ethnographiques dans les musées parisiens entre les XVIIIe et XXe siècles et leur rapport au voyage
2008
Marie-Barbara LE GONIDEC

Extrait de : "Le rôle des voyages dans la constitution des collections (édition électronique)"
Sous la direction de Marie-Barbara LE GONIDEC et Didier BOUILLON
130e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 2005

Pierre GUICHARD, Nathalie BES, Samuel CORDIER, Emmanuelle HUET, Pascal EVEN, Marie MAUZE, Marie-Barbara LE GONIDEC, Geneviève LACAMBRE, Martine FRANÇOIS
Paris, Éditions du CTHS
2008
p. 84-93

  Télécharger le document (les articles de plus de 3 ans sont gratuits)

Prenant le cas de la France et de sa capitale, cet article tente de montrer comment, entre le XVIIIe siècle et notre époque, les objets ethnographiques vont peu à peu changer de statut ; grâce à l'évolution des sciences humaines d'une part, mais aussi, grâce à l'amélioration des moyens de transport, d'autre part. Si ce sont logiquement les marins et les marchands qui les acheminent en Europe où ils sont considérés comme des objets de curiosité, vient ensuite le temps où ce sont des scientifiques qui les rapportent. Pour autant, ils restent des artefacts bien encombrants et sont relégués dans les musées liés à la Marine où ils sont vus comme des trophées, et ce, tant que cette « science du culturel » qu'est l'ethnologie n'aura pas acquis ses lettres de noblesses. Ils deviendront dès lors de véritables objets d'étude et ce sera les savants qui voyageront pour les appréhender dans leur contexte. De nos jours, certains d'entre eux ont acquis un statut d'objet d'art, qui les rend dignes d'entrer au Musée, non pas « de l'Homme » mais « des Arts », ce qui aurait été inconcevable auparavant. C'est donc qu'avec eux notre regard sur l'altérité et les lointains a bien changé lui aussi...