Le dispositif marbrier de Carrare Circulations et échanges à l'époque contemporaine
2009
Geneviève MAROTEL

Extrait de : "Circulation des matières premières en Méditerranée, transferts de savoirs et de techniques (édition électronique)"
sous la direction de Jean-René Gaborit ; 128e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bastia, 2003

Lucien ABENON, Laura BALLETTO, Annie BLANC, Philippe BLANC, Françoise BLECHET , Alain BOUTHIER, André BUISSON, Pierre-Jean CAMPOCASSO, Michèle CASANOVA, Céline GASLAIN, Catherine CHADEFAUD, Vincent-Pierre COMITI, Emile EADIE, Gérard FOUCHARD, Lucien LAJONCHERE , Geneviève MAROTEL, Pierre MORIZOT, Raphaële MOUREN, Martine PLOUVIER, Fabienne WATEAU

Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 149-157
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Cet article évoque certains aspects d'une recherche menée au début des années 1990, en France et en Italie, sur le dispositif marbrier de Carrare (Toscane). Portant sur la période contemporaine, cette recherche socio-anthropologique s'est d'abord attachée à interroger les circulations (mobilités professionnelles, migrations) de professionnels italiens du marbre entre le bassin de Carrare et de nombreux pays d'Europe et du monde . Ces mobilités y ont été appréhendées comme des clefs privilégiées pour interroger les dynamiques identitaires/communautaires instaurées ou réactivés, en Italie ou ailleurs, par ces circulations spatiales, ainsi que leurs effets du point de vue professionnel et économique. Si notre approche a privilégié le groupe et les mobilités, très composites, des professionnels toscans, elle nous a également conduits à prendre en compte d'autres catégories d'acteurs et de circulations (matière première, outillage, capitaux, savoir-faire), qui apparaissaient liées aux mobilités des marbriers, et au dispositif de Carrare. Pour observer et analyser à l'époque contemporaine les circulations et les échanges liés à l'extraction, à la transformation et à la commercialisation du marbre, la Méditerranée ne constitue plus l'aire privilégiée - voire exclusive - de référence qu'elle fut durant l'Antiquité romaine, puis après la longue phase de suspension des activités de production consécutive à la chute de l'Empire romain d'Occident. Dans le cas du bassin marbrier de Carrare, c'est au XVe siècle, notamment par l'entremise des banquiers et commerçants gênois, que le fameux marbre statuaire apuan a franchi les limites du bassin méditerranéen, pour rejoindre l'Angleterre et les Pays-Bas, via l'Espagne . À partir du milieu du XIXe siècle, la révolution industrielle a stimulé la reprise et l'expansion des activités d'extraction et de transformation en Italie et dans divers pays européens riches de ressources naturelles (France, Belgique, Allemagne, Angleterre), en même temps que se structurait et s'élargissait le marché international, vers le continent américain notamment, et que s'affirmait la prédominance italienne, principalement sous-tendue par la production du bassin marbrier carrarais . Pour le secteur marbrier italien, dans un marché désormais devenu mondial, les échanges avec le monde méditerranéen sont aujourd'hui marginaux, qu'il s'agisse des exportations de matière première et d'outillage, de flux financiers, ou d'autres formes d'échanges (expertises, formation professionnelle, ...). Sans remettre en cause ce constat général, diverses données plus récentes recueillies en vue de ce colloque signalent pourtant un (re)développement des activités marbrières pour de nombreux pays de l'aire méditerranéenne et un renforcement de leurs échanges avec la zone de Carrare . Inscrit dans ce cadre général et s'appuyant sur ces diverses sources, cet article développe deux études de cas. La première, empruntée au monde de la sculpture, illustre l'amplitude, la diversité des échanges sous-tendus par les mobilités des professionnels du marbre, et par les réseaux tissés entre Carrare et ses nombreuses extensions à l'échelle internationale. La seconde, qui renvoie au secteur du négoce, est plus spécifiquement -mais non exclusivement- inscrite dans l'aire méditerranéenne. Interrogeant la nature des échanges et des liens qui sous-tendent les réseaux constitués d'un pays à l'autre, elle pose la question des critères, des traits susceptibles de fonder, ou de mettre en cause, une référence méditerranéenne commune, au-delà des seuls critères spatiaux.