Le temps des journalistes
2008
Pierre Albert

Extrait de : "Le temps vu par... (édition électronique)"
sous la direction de Christiane Villain-Gandossi et Jacqueline Lorenz ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004

Christiane Villain-Gandossi, Jacqueline Lorenz, Paolo Facchi, Serge Lewuillon, Marie-Françoise Diot, Christophe Gauchon, Christian Amalvi, Pascal Barraillé, Jean Duma, Thierry Lassabatère, Pierre Albert, Jan Berting, Bruno Guérard, Jean-François Loudcher, Jean-Nicolas Renaud, Françoise Putod-Vacheret, Frédéric Trautmann, Paul Adam, Aleksandra Dziadkiewicz, Yves Gilli, Daniel Pajaud et Christiane Villain-Gandossi, Christine Bousquet-Labouérie, Frédéric Chauvaud, Oscar Jané, François Lormant, Ania Guini-Skliar
Paris, Éditions du CTHS
2008
p. 109-114
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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La médiatisation croissante de la société est souvent dénoncée comme une perturbation du bon équilibre entre les trois pouvoirs institutionnalisés : gouvernement, Parlement et justice. Autant que sur l'opposition de leurs fonctions respectives, les conflits entre les politiques et les juges d'une part, les journalistes de l'autre, se fondent sur leurs positions en face de l'actualité. Pour ceux-ci, le récit des événements répond à la curiosité impatiente de leurs lecteurs : il s'agit de révéler les faits et d'en apprécier les effets immédiats. Ceux-là analysent les situations pour en découvrir rétrospectivement les causes et en orienter prospectivement l'évolution. Les uns travaillent dans l'immédiat, les autres dans la durée : leur rapport au temps est en réalité contradictoire.
Ce décalage des points de vue conduit à d'inextricables confusions entre l'observation directe et myope des journalistes, la réflexion à long terme des politiques et les lenteurs inévitable du juge.
La communication insistera sur la superficialité naturelle du journaliste et la surabondance des nouvelles, accrues par ces organes de l'instantané que sont la radio et la télévision.
Les médias tendent à uniformiser l'information en masquant les données permanentes et moins spectaculaires : ils favorisent aussi leur oubli par un public saturé. Sensibles à leur handicap, les journalistes tentent de le surmonter en élargissant leurs perspectives, en pratiquant l'enquête, en développant les commentaires, mais par là ils abandonnent la spécificité de leur métier et entrent en concurrence avec les spécialistes des sciences sociales, économiques et politiques, et plus généralement avec les tenants des trois pouvoirs.